Analyses

Baromètre Unédic - Volet 5 : quel regard les Français portent-ils sur le chômage et l'emploi ?

Dans le cadre de la cinquième édition du Baromètre de la perception du chômage et de l’emploi, Elabe a analysé pour l’Unédic le regard des Français sur la situation de l’emploi, et leurs représentations du chômage et des demandeurs d’emploi.

Unédic

Unédic

6 décembre 2023

Le cinquième volet du Baromètre Unédic de la perception du chômage et de l'emploi, réalisé avec le cabinet Elabe, livre des enseignements sur les évolutions de l'opinion depuis 2020. « Comprendre les ressentis et les perceptions permet de nourrir les réflexions des partenaires sociaux. L'Unédic collabore avec le cabinet Elabe depuis 2020, avant le premier confinement. Le fait que ce baromètre soit régulier permet d'en faire un outil de suivi conjoncturel, pour suivre l'évolution du regard croisé des Français et des demandeurs d'emploi sur le chômage et l'emploi », a déclaré Patricia Ferrand, présidente de l'Unédic.

« On observe une méconnaissance des réalités du chômage et de l'emploi. Certains disent un peu tout et n'importe quoi sur ce qui donne droit aux allocations, sur le montant des allocations... De fausses idées circulent. Ce baromètre est une opportunité de faire de la pédagogie auprès du grand public et des demandeurs d'emploi », a constaté Jean-Eudes Tesson, vice-président de l'Unédic.

  • Un module de visualisation des résultats du baromètre

    Pour documenter le regard porté sur le chômage par les Français et les demandeurs d'emploi, l'Unédic propose un module de datavisualisation. Cet outil vous permettra de consulter les principaux résultats, de comparer la perception des Français et celle des demandeurs d'emploi et d'observer l'évolution de la perception du chômage entre les différentes éditions du Baromètre.

Le sentiment que la situation de l’emploi ne s’améliore plus fragilise l’optimisme des actifs

Le premier enseignement de ce cinquième volet du Baromètre est le sentiment que la situation de l’emploi ne s’améliore plus. En effet, cette opinion est en léger recul depuis 1 an (14 %, -2 pts/sept. 2022), alors qu’elle était en constante progression entre juillet 2020 (volet 2, 4 %) et septembre 2022 (volet 4, 16 %). 51 %[1] des Français estiment toujours qu’elle se dégrade et 35 % (+2 pts) qu’elle reste stable. A noter : les évolutions significatives par rapport au 4ème volet du Baromètre sont indiquées. Lorsqu’aucune évolution n’est signalée, cela signifie que les résultats sont stables ou que l’évolution est trop faible pour être statistiquement significative.

Les actifs en emploi redoutent ainsi un peu plus de connaître une période de chômage dans les 2 prochaines années (24 % estiment que la probabilité est forte, +2 pts) et les demandeurs d’emploi sont moins confiants pour leur retour en emploi (37 % probabilité forte, -3).

En conséquence, l’optimisme pour son avenir professionnel s’effrite chez les actifs en emploi (64 %, -3 pts) et encore plus chez les demandeurs d’emploi (56 %, -7 pts).

Le durcissement du regard sur les demandeurs d’emploi marque un arrêt

Aux yeux des Français, les évolutions de la société (61 %, +2 pts) demeurent les principales causes du chômage aujourd’hui dans notre pays, devant la responsabilité des chômeurs eux-mêmes (50 %) et celle des entreprises (45 %). Alors que la responsabilité des chômeurs avait progressé de manière constante entre juillet 2020 (volet 2, 36 %) et septembre 2022 (volet 4, 50 %), cette perception se stabilise en un an. Dans le détail, les principales causes du chômage sont pour les Français : le fait que les gens ne veulent pas travailler (34 %), la tendance des entreprises à faire plus avec moins de collaborateurs (30 %), le poids des charges sociales des entreprises (27 %), la destruction d'emplois par l'évolution des technologies/la numérisation et la robotisation (26 %), les délocalisation à l’étranger (26 %), le trop faible contrôle des « chômeurs fraudeurs » (24%) et le montant des allocations versées aux chômeurs (22 %, -2 pts).

Pour près de 3 Français sur 4 (72 %), le chômage est une situation subie plus que choisie et pour 62 %, il est une fatalité, un coup du sort qu’on subit. Ainsi, les actifs en emploi et les inactifs dressent le portrait de demandeurs d’emploi « victimes » et « fragiles », qui se sentent dépendants de la société (76 %, +3 pts), qui ont le sentiment de perdre des compétences (69 %, +2 pts) et qui se sentent malchanceux (68 %, +2 pts).

En parallèle, le soupçon à l’égard des demandeurs d’emploi reste présent mais la critique sur
« le chômeur assisté » recule légèrement. Une majorité de Français estime que, si les demandeurs d’emploi rencontrent des difficultés à trouver du travail, c’est parce qu’ils ne font pas de concession dans leur recherche d'emploi (62 %) En revanche, les perceptions les plus négatives, quoique fréquentes, sont nettement minoritaires : 39 % (-3 pts) considèrent les demandeurs d’emplois comme des assistés, 37 % comme des fraudeurs, 50 % affirment que la plupart des chômeurs ne cherchent pas vraiment à retrouver un emploi. Bien qu’encore sévères, ces soupçons et critiques marquent une pause après une progression constante entre mars 2020 (volet 1) et septembre 2022 (volet 4).

Des demandeurs d’emploi toujours sujets au soupçon et parfois à la critique

 Le regard négatif de l’opinion est ressenti par les demandeurs d’emploi : 20 % (-3 pts) d’entre eux entendent d’autrui qu’ils sont des assistés, 25 % se sentent même méprisés. Ils font l’expérience régulière de l’inquisition et du soupçon : 48 % déclarent être questionnés avec insistance sur leur recherche d’emploi et 41 % (-2 pts) ne sont pas crus lorsqu’ils affirment rechercher activement un emploi.

Les perceptions sur les demandeurs d’emploi sont en décalage avec leur vécu : 85 % d’entre eux se voient comme des personnes persévérantes (seuls 44 % des non-demandeurs d’emploi partagent cet avis), 83 % dynamiques (contre 28 %), 79 % courageuses (contre 38 %). La majorité des non-demandeurs d’emploi pense que les allocataires ont le sentiment de profiter du système (61 %) ou qu’ils doivent se sentir dépendants de la société (76 %), des affirmations contestées par les demandeurs d’emploi (respectivement 84 % et 65 % pas d’accord avec ces déclarations).

Malgré une légère amélioration de leur état d’esprit, les demandeurs d’emploi font le récit d’un quotidien plus difficile que celui des actifs en emploi : ils ont un état d’esprit plus négatif (50 % se sentent heureux, +2 pts, contre 81 % des actifs en emploi) et un sentiment plus fort de perte de maîtrise (seuls 43 % ont le sentiment d’avoir choisi la vie qu’ils mènent, +3 pts, contre 66 % des actifs en emploi).

L’attachement au système d’Assurance chômage reste majoritaire

L’attachement au modèle français d’Assurance chômage reste majoritaire mais se dégrade dans l’opinion publique (57 %, -2 pts). Les modalités de protection de l’Assurance chômage divisent les Français :

  • 52 % des Français estiment que les allocations chômage ne sont pas un frein au retour à l'emploi (contre 48 % des Français qui pensent le contraire)
  • 53 % pensent que la durée moyenne des droits aux allocations chômage n’est pas trop longue (contre 47 % qui le pensent))
  • 61 % des Français considèrent que le montant des allocations chômage n’est pas trop élevé (39 % pensent le contraire)

Les Français sont toujours convaincus que tout le monde peut connaître une période chômage (93 %, -2 pts ; dont 57 % tout à fait d’accord, -2 pts). Le système d’Assurance chômage est donc toujours considéré comme un droit utile et les énoncés suivants sont largement acceptés :

  • « Les allocations chômages sont un droit, puisqu’issues de cotisations » (87 % d’accord)
  • « S'il n'y avait pas les allocations chômage, la plupart des chômeurs ne pourraient pas vivre dignement » (87 %)
  • « Les allocations constituent un revenu de remplacement entre deux emplois » (84 %)
  • « Elles contribuent à lutter contre la pauvreté » (72 %, -2 pts) 

A noter que l’opinion des Français sur le chômage et les chômeurs se fonde toujours sur une connaissance partielle :

  • De la réalité des allocations chômage (ils sous-estiment ou surestiment le montant moyen, la durée maximum, et méconnaissent les situations qui en donnent le droit)
  • Des réalités du chômage (notamment une surestimation du taux de chômage, évalué à 14,8 % alors qu’il était de 7,2 % au T2 2023)
  • De la diversité des situations (pour 56 % des Français, un chômeur est forcément quelqu’un qui touche une allocation, ce qui ne correspond pas à la réalité)

  • Méthodologie

    Cette étude a été réalisée en ligne, avec l’institut Elabe, du 29 août au 25 septembre 2023. Etude quantitative, menée auprès d’un échantillon de 4 527 individus, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Les détails de la méthodologie et d’échantillonnage sont indiqués dans la synthèse de l’étude.

  • Recrutement et vie professionnelle : quelle place pour les "soft-skills" ?

    Les Français et les demandeurs d’emploi interrogés dans le cadre du volet 5 du Baromètre Unédic de la perception du chômage et de l’emploi, réalisé par le cabinet Elabe, ont également été questionnés sur leurs perceptions relatives à la question des compétences relationnelles, humaines et personnelles, parfois appelées « soft-skills ». Ainsi :

    • Le manque de considération pour les soft-skills est déploré par les Français ;
    • Les soft-skills sont perçues comme un atout pour les actifs.
    Accéder aux résultats