Qu’apporte selon vous la démarche de comparaison des différents régimes d’assurance chômage ?
Michiel Segaert : La comparaison de différents régimes permet d’en apprendre beaucoup et d’élargir ses perspectives. En effet, si l’on est spécialiste de l’Assurance chômage et que l’on observe un régime « de l’intérieur », on peut parfois être trop proche de son objet d’étude et subir certains angles morts. On est prisonnier de la logique d’un modèle et de l’historique de ce régime, de l’accumulation de modalités et d’exceptions au fil du temps. On risque alors de ne plus questionner ce système. L’inverse peut être vrai aussi : on peut questionner certains aspects du régime que l’on connaît en les considérant comme anormaux ou étranges, alors qu’un regard vers l’extérieur peut montrer que d’autres pays ont adopté des solutions similaires.
« Toute comparaison approfondie impose de recourir à des cas-types »
L’Onem et l’Unédic ont publié une comparaison entre les régimes belge et français, en s’appuyant sur plusieurs cas illustratifs concrets. Pourquoi avoir choisi cette approche ?
De mon point de vue, toute comparaison approfondie de régimes d’assurance chômage impose de recourir à des cas-types. Les réglementations font références aux caractéristiques individuelles pour déterminer qui est, ou non, un ayant droit du système d’assurance chômage : âge, passé professionnel, salaire… Utiliser des cas-types permet de bien montrer en quoi la situation est différente pour un même individu dans un pays et dans l’autre. Suivre cette approche nous a amené de manière logique à mentionner dans cette étude le calcul des différents montants d’indemnisation et leur évolution dans le temps, car c’est ce qui compte pour les ayants droit.
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Comparaison Belgique - France : une étude inédite
Lire la publicationLes équipes de l'Unédic, en partenariat avec l'Office national de l'emploi belge (Onem), ont réalisé une étude comparative des régimes d’assurance chômage en France et en Belgique. Basé sur des comparaisons de cas-types, ce travail permet de dépasser la stricte approche réglementaire pour illustrer concrètement les conditions et les niveaux de prise en charge dans chacun de ces deux pays.
Quel est le point commun qui vous paraît le plus intéressant entre les régimes belge et français ?
Ce qui m’a frappé, c’est le statut prévu pour les artistes. J’avais plaidé pour que ce point figure dans nos travaux communs, parce que le fait qu’il y ait un régime dédié aux artistes m’apparaissait particulièrement spécifique à la Belgique. Et en fait, vous avez cela aussi en France* ! Les modalités sont différentes en Belgique et en France , mais la logique est la même. Cela nous a surpris.
A l’opposé, quelle différence entre Belgique et France vous a marqué ?
Ce qui se voit directement et qui fait l’objet de discussions partout en Belgique et même dans le monde, c’est le fait que la durée de l’allocation est indéterminée, alors qu’elle est limitée en France (18 mois pour les allocataires de moins de 55 ans, ndr). C’est une différence très importante avec la France, mais que l’on connaissait avant de conduire cette analyse. Ce que notre travail met en relief, c’est le fait que les conditions pour accéder à l’allocation chômage sont plus strictes en Belgique. Par exemple, pour les jeunes qui finissent leurs études : ils peuvent arriver un peu plus rapidement à l’Assurance chômage en France qu’en Belgique. Cependant, en Belgique, une allocation d’insertion spécifique et limitée dans le temps leur est destinée.
L’Onem se prépare pour « la réforme la plus importante depuis 1945 »
Cette durée indéterminée des allocations chômage en Belgique a désormais disparu, la réforme du système d’assurance chômage étant entrée en vigueur. Les premiers cas de fin de droit sont prévus pour janvier 2026. Comment l’Onem s’y prépare-t-elle ?
C’est sans doute la réforme la plus importante depuis 1945. Nous finalisons actuellement les procédures afin d’assurer une information claire et un accompagnement adéquat des assurés au moment où leur droit arrivera à échéance.
*Régime des intermittents du spectacle, annexe 8 et annexe 10 du règlement général d’assurance chômage, ndr