De quoi parle-t-on quand on évoque les emplois vacants, les offres d’emploi non pourvues, les difficultés de recrutement ou les tensions sur le marché du travail ? Souvent employées dans le débat public, ces différentes notions sont parfois associées, voire confondues. Elles sont pourtant bien distinctes et livrent chacune un éclairage particulier sur la manière dont l’appariement entre offre et demande d’emploi s’effectue sur le marché du travail.
Ces indicateurs sont très hétérogènes en termes de contenu. S’intéresser à leur définition précise, leur source, leur champ d’application est nécessaire afin de bien comprendre ce qu’ils indiquent, ainsi que leurs limites respectives.
L’ensemble de ces indicateurs sont issus d’enquêtes menées auprès d’employeurs.
Voici comment les définir brièvement :
- Les emplois vacants : postes disponibles dans les 3 mois / nouvellement créés OU inoccupés OU encore occupés et sur le point de se libérer.
- Les difficultés de recrutement : part d’employeurs déclarant ressentir des difficultés lors de recrutement.
- Les offres non pourvues : nombre d’offres d’emploi déposées chez France Travail et finalement non pourvues faute de trouver le bon candidat.
- Les tensions sur le marché du travail : indicateur composite calculé à partir du niveau de difficultés de recrutement anticipées par les employeurs, des offres d’emploi rapportées au nombre de demandeurs d’emploi, et de la facilité pour les demandeurs d’emploi à sortir des listes de France Travail.
Les emplois vacants
Souvent cités dans le débat public, les emplois vacants répondent à une définition précise, parfois en décalage avec l’utilisation qui est faite de cette notion.
La Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail indique que les données relatives aux emplois vacants « proviennent de l’enquête Activité et conditions d’emploi de la main-d’œuvre (Acemo) trimestrielle ». Depuis 2024, les données portent sur l’ensemble du champ salarié privé, hors agriculture, intérim, particuliers employeurs et activités extraterritoriales.
Ainsi, un emploi vacant est un poste déclaré par l’employeur comme étant :
- disponible dans les 3 mois ;
- nouvellement créé (dans 31 % des cas) ou inoccupé (45 %) ou encore occupé et sur le point de se libérer (24 %) ;
- pour lequel l’employeur entreprend des démarches actives de recrutement en dehors de l’entreprise.
Selon les informations publiées par la Dares, 488 000 emplois étaient considérés comme vacants au deuxième trimestre 2025. Le taux d’emplois vacants était sur une tendance haussière depuis le milieu des années 2010 et jusqu’en 2022, mais il diminue depuis le deuxième trimestre 2023 et se rapproche aujourd’hui du niveau pré-crise Covid.
Le taux d’emplois vacants est de 2,5 % pour l’ensemble des secteurs couverts au deuxième trimestre 2025. Il est plus élevé dans la construction (3,1 %) et plus faible dans l’industrie (1,9 %) (Graphique 1).
Les emplois vacants résultent du fonctionnement normal du marché du travail, où il existe un temps de recherche incompressible pour pourvoir les offres. Ainsi, d’après l’enquête Ofer (Offres d’emploi et recrutement) conduite en 2005 par la Dares, la durée moyenne de recrutement était en 2005 de 5 semaines en CDI et de 3 semaines en CDD.
Lorsque les entreprises recrutent plus, le nombre d'emplois vacants augmente. Ainsi c’est une « situation normale de tout marché du travail où l’appariement entre une offre et une demande de travail s’inscrit dans une certaine durée de recherche, tant du côté des chômeurs que des entreprises » (voir Marc-Antoine Estrade, Les emplois non pourvus : mythes et réalités, Regards croisés sur l'économie, 2013). Pour les prévisionnistes, le taux d’emplois vacants est utilisé comme un indicateur avancé du marché du travail : lorsqu’il est élevé, c’est le signe d’une forte rotation de la main-d’œuvre, d’une économie en haut de cycle.
Eurostat, quant à lui, recense et publie, pour l’ensemble des pays européens, les taux d’emplois vacants (« job vacancy rates ») calculés par les instituts statistiques nationaux selon une méthodologie commune. Cette comparaison fait apparaitre que les taux d’emplois vacants peuvent varier assez fortement d’un pays à l’autre : de 0,6 % en Roumanie à 4,2 % aux Pays-Bas. Le taux d’emplois vacants enregistré en France se situe dans la moyenne : 2,5 % pour la France vs. 2,4 % pour les pays de la zone euro et 2,2 % pour l’ensemble de l’Union européenne (Graphique 2).
Les difficultés de recrutement
L’indicateur des difficultés de recrutement correspond à la part des entreprises qui déclarent avoir des difficultés à recruter. Il est calculé à partir des résultats de l’enquête de conjoncture trimestrielle de l’Insee dans les 3 grands secteurs : industrie manufacturière, services et bâtiment. Cet indicateur est très volatil, surtout dans le bâtiment.
Les difficultés ressenties fléchissent depuis mi-2022 pour l’industrie manufacturière et les services, depuis mi-2023 pour le bâtiment. La part d’entreprises concernées est particulièrement élevée dans le bâtiment (68,1 % au troisième trimestre 2025), plus que dans l’industrie manufacturière (39,6 %) et les services (29,8 %) (Graphique 3).
Les offres non pourvues
L’indicateur des offres non pourvues est produit par France Travail. Il correspond aux offres postées sur le site de France Travail et abandonnées, faute de candidat adéquat. Pour ces offres non pourvues, les employeurs ont reçu des candidatures mais près des deux tiers d’entre eux notent une absence de candidats compétents, expérimentés et/ou motivés pour occuper le poste, la moitié évoquent l’insuffisance de la formation et/ou moins d’un tiers relèvent un manque de savoir-être ou d’expression orale.
France Travail estime ainsi que le nombre d’offres concernées par un abandon de recrutement faute de candidat a été de l’ordre de 151 000 en 2024, dont 99 000 concerneraient des emplois durables (CDI ou contrats de plus de six mois). Ce chiffre est nettement inférieur à celui des emplois vacants.
Les offres non pourvues « faute de candidat » représenteraient ainsi 4,9 % du total des offres en 2024. La grande majorité des offres déposées à France Travail est pourvue (83,6 %), une partie des recrutements (6,5 %) est toujours en cours et une partie (5 %) est annulée à la suite de la disparition du besoin ou pour restriction budgétaire (Graphique 4).
Par ailleurs, France Travail publie chaque année l’enquête « Besoins en main-d’œuvre » (BMO), qui interroge les employeurs sur leurs projets de recrutement. Dans la vague 2025, il apparaît ainsi que 15,5 % des employeurs qui avaient cherché à recruter en 2024 n’ont pu réaliser qu’une partie de leurs recrutements et que 6,9 % n’y sont pas du tout parvenus.
Les tensions sur le marché du travail
La mesure des tensions sur le marché du travail est réalisée grâce à un indicateur créé par la Dares et France Travail. Ainsi, pour chaque métier et zone géographique, un indicateur synthétique permet de diagnostiquer l'existence de tensions, c’est-à-dire le niveau des difficultés de recrutement anticipées par les employeurs, les offres d’emploi rapportées au nombre de demandeurs d’emploi et la facilité qu’ont les demandeurs d’emploi à retrouver un emploi.
Pour en éclairer les causes, 7 indicateurs complémentaires sont également produits : l’intensité des embauches, les conditions de travail, la non-durabilité de l'emploi, la main-d'œuvre disponible, le lien entre la spécialité de formation et le métier, le mauvais appariement géographique et la non-attractivité des salaires.
Entre 2015 et 2019, les tensions se sont accrues. L’année 2020 a marqué une accalmie, avant une nouvelle hausse en 2021 et 2022. En 2023 (dernière donnée disponible), les tensions se stabilisent au niveau de 2022 (Graphique 5) mais elles « restent particulièrement élevées pour les métiers du bâtiment et des travaux publics, de l’industrie, où elles sont même en hausse, ainsi que dans certains métiers de la santé. En revanche, elles reculent dans l’informatique et les télécommunications », analyse la Dares.
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Et les métiers dits "en tension" ?
Si la notion de « métiers en tension » désigne généralement tout métier pour lequel l’offre d’emploi est notablement supérieure à la demande d’emploi, elle a aussi une définition juridique précise. Ainsi, un arrêté ministériel fixe la liste d’une série de métiers en tension. Elle est établie région par région. Le gouvernement explique qu’elle « vise à répondre aux besoins persistants de main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité ». « Deux critères principaux ont été utilisés pour établir cette liste : le niveau de tension sur le recrutement ; la présence significative de travailleurs étrangers non communautaires dans le métier, par rapport à la moyenne nationale », indique le gouvernement.
Récapitulatif des indicateurs
Notion | Source | Dernier point disponible | Définition | Résultats |
Emplois vacants | Dares, enquête ACEMO Auprès de chefs d’entreprises ou établissements de 10 salariés ou plus | T2 2025 | Emploi disponible dans les 3 mois
| 488 000 emplois vacants au T2 2025 |
Offres non pourvues | France Travail ; enquête Offres pourvues et abandons de recrutement | 2024 | Offres postées sur le site de Pôle emploi et abandonnées faute de trouver un candidat adéquat | 151 000 offres de contrats de plus d’un mois non pourvues |
Difficultés de recrutement | Insee, enquête trimestrielle de conjoncture | T3 2025 | Part des entreprises déclarant des difficultés de recrutement Par secteur | 68 % dans le bâtiment, 40 % dans le manufacturier, 30 % dans les services |
Tensions sur le marché du travail | Dares/France travail | 2023 | 1/ Indicateur de tension composite entre :
2/ Indicateurs complémentaires pour en éclairer les causes. | Des tensions en hausse en 2021-2023 |
Pour en savoir plus
- Dares, Les emplois vacants, août 2025
- Dares et France Travail, Les tensions sur le marché du travail en 2023, avril 2025
- Eurostat, Job vacancy statistics by NACE Rev. 2 activity, août 2025
- France Travail, Offres d’emploi et recrutement, avril 2025
- France Travail, Besoins en main-d’œuvre 2025, avril 2025
- Insee, Enquête trimestrielle de conjoncture dans les services, juillet 2025
- Insee, Enquête trimestrielle de conjoncture dans l’industrie, juillet 2025
- Insee, Enquête mensuelle de conjoncture dans l’industrie du bâtiment, juillet 2025