Point de vue

Idées reçues sur le chômage : quand les experts prennent la parole

Économistes, psychologues, spécialistes de l’opinion… Les experts et expertes des questions de chômage et d’emploi livrent des perspectives éclairantes face aux idées reçues qui prévalent parfois. Cet article compile quelques-unes des interventions diffusées par l’Unédic ces dernières années.

3 juillet 2025

L’Unédic donne régulièrement la parole à des spécialistes du travail, de l’emploi et du chômage. Économistes, psychologues, experts de l’opinion, tous et toutes s’expriment dans le podcast de l’Unédic « Point de suspension(s) » ou dans notre émission YouTube « Longue vue ». Ces interventions viennent souvent percuter des préjugés et des idées reçues sur les demandeurs d’emploi et sur le chômage. Florilège.

Non, le chômage n’arrive pas qu’aux autres

Laurence Bedeau, associée au cabinet Elabe, février 2022 : « Dans notre pays, 7 Français sur 10 sont touchés de près ou de loin par le chômage. Aux individus qui sont effectivement inscrits à Pôle emploi et qui sont en recherche d’emploi, il faut ajouter ceux qui ont un proche actuellement au chômage mais également près d'un Français sur deux qui a déjà connu une période de chômage. Ce qui veut dire que c'est une expérience intime, pour près de 70% des Français. Cela produit la conviction pour 94% de nos concitoyens qu’on peut être au chômage, que c’est un risque qu’il faut considérer quand on est actif et qu’on peut à tout moment être demandeur d’emploi ; ça n’arrive pas qu’aux autres. »

Écouter l’épisode en entier : Comment les Français perçoivent le chômage et les chômeurs ?

Non, les demandeurs d’emploi ne sont pas un groupe homogène

David Bourguignon, professeur en psychologie sociale et du travail à l’université de Lorraine, décembre 2024 : « De l’extérieur, on a tendance à responsabiliser les chômeurs, voire à considérer qu’ils doivent être coupables. Et quand on considère la littérature sur les émotions des chômeurs, deux émotions ressortent : la honte et la culpabilité. Avec Manon Balty, une doctorante, nous avons voulu creuser ces émotions. On s’est rendu compte que, oui, certains chômeurs ressentent de la honte et de la culpabilité. Mais, comme évoqué tout à l’heure, beaucoup d’autres voient dans la période du chômage des défis à relever, une période de transition pour rebondir. Il y a bien des émotions négatives, y compris de la colère, mais aussi des émotions positives. C’est parfois très contradictoire et on voit que les chômeurs, ce n’est pas un tout. On assigne à ce groupe un stéréotype, on le réduit à une idée. C’est pourtant un groupe avec beaucoup d’hétérogénéité et d’individualités différentes. »

Voir l’émission en entier : Chômage en France : perceptions, paradoxes et stigmatisation

Non, il n’est pas si simple d’aller « là où il y a du travail »

Alexandra Roulet, économiste et professeure assistante à l’Insead, décembre 2020 : « Ce dont je me suis rendu compte dans mes recherches, c'est que c'est vraiment très difficile d'inciter les gens à la mobilité géographique. Quand bien même il y a des emplois à certains bouts de la France et des chômeurs dans d'autres parties de la France, c’est extrêmement difficile. Et je ne sais même pas si c'est dans le fond souhaitable de demander aux gens de se déplacer. Pourquoi ? Parce que la plupart des personnes sont attachées à une région. Parfois elles sont propriétaires de leur logement, parfois elles ont des liens de solidarité familiale ou d'entraide amicale qui sont essentiels à leur vie. Et c'est très difficile de vouloir réallouer comme ça les gens n'importe où dans la France. J'ai pu voir avec Pôle emploi que, alors même qu'il existe beaucoup de dispositifs d'aide à la mobilité, il y a un recours assez faible à ces dispositifs. Et quand on interroge les gens, ils nous disent : "Mais moi même si vous me donnez de l'argent, j'ai pas envie d'aller à l'autre bout de la France." »

Écouter l’épisode en entier : D’où vient le paradoxe des emplois non pourvus ?

Non, les chômeurs ne sont pas les seuls responsables de leur situation

Mathieu Perona, directeur exécutif de l’Observatoire du bien-être au Cepremap : « Le fait que tomber au chômage soit une malchance est consubstantiel de l’idée d’assurance chômage : je m’assure contre un risque de quelque chose qui ne dépend pas de moi. Si ça ne dépendait que de moi et si le fait d’être au chômage n’était que le résultat de mon action et de mes erreurs, la notion même d’assurance chômage n’aurait aucun sens. Si je suis assuré contre le chômage, c’est bien que le chômage c’est quelque chose qui m’arrive. Après, une fois que je suis au chômage, j’ai quelque chose à faire. Mais le chômage est d’abord un gros coup de malchance. »

Écouter l’épisode en entier : Les demandeurs d’emploi sont-ils plus malheureux ?

Oui, le chômage dégrade bel et bien la santé

Ginette Herman, psychologue sociale et professeure à l’Université de Louvain en Belgique, mai 2022 : « Après la première crise pétrolière en 1973, le taux de chômage commençait à monter dans tous les pays occidentaux. A l’époque, on était face à deux conceptions. L’une affirmait que c’est un mauvais état de santé qui maintient les gens au chômage ou qui leur fait perdre leur emploi. L’autre conception proposait exactement le contraire, elle disait : c’est le chômage qui détruit la santé. Face à ces deux conceptions, il y a de nombreuses études qui ont été réalisées surtout dans des pays scandinaves, mais aussi en en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Belgique, en France, aux USA, au Canada, en Australie. Et on a étudié ces questions tant avec les hommes qu'avec les femmes, tant avec les jeunes qu'avec les vieux, tant avec les ruraux qu'avec les citadins. On avait vraiment des échantillons importants de personnes. Suite à cet ensemble d'études, il y a peu de doutes qui subsistent : bien plus qu'une conséquence, le chômage est à l'origine de la dégradation de la santé mentale et de la santé physique. C’est un résultat que les données empiriques ont confirmé au travers de toutes ces études qui ont été réalisées. »

Écouter l’épisode en entier : Demandeurs d’emploi : comment préserver sa santé mentale ?

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