En s’appuyant sur les données du 6e volet du Baromètre de la perception du chômage et de l’emploi, l’Observatoire du bien-être propose une analyse approfondie de l’état d’esprit et de la satisfaction dans la vie des demandeurs d’emploi, en partenariat avec l’Unédic. Ces éléments confirment que la période de chômage est difficile, marquée par des effets nocifs sur la satisfaction des individus, affectant leur bien-être général et leur état émotionnel quotidien, mais aussi leurs relations sociales et familiales. Cependant, le Baromètre révèle aussi que les demandeurs d’emploi ne se considèrent pas plus « résignés » que les actifs en emploi et rejettent systématiquement les préjugés à leur encontre. L’analyse met ainsi en lumière les facteurs clés qui influencent le bien-être des demandeurs d’emploi, tels que la perte de revenu, la stigmatisation sociale ou encore le maintien d’une activité professionnelle.
La perte de revenu est l'un des principaux facteurs de dégradation du bien-être des demandeurs d'emploi. La majorité d’entre eux signalent une détérioration de leur situation financière qui engendre une diminution de leur sécurité économique et une augmentation du stress. Si les demandeurs d'emploi indemnisés bénéficient d'une meilleure situation financière, l’indemnisation ne suffit cependant pas à compenser totalement la perte de revenu et la perte de satisfaction liée au chômage.
Un effet psychologique propre au chômage
L’analyse met également en lumière un effet psychologique propre au chômage, qui va bien au-delà de la baisse du revenu. Ce phénomène affecte profondément l'état émotionnel des demandeurs d’emploi et leur perception de soi, avec des répercussions pouvant persister même après la reprise d’un emploi. Parmi les facteurs de ce mal-être, la stigmatisation sociale joue un rôle majeur. Les doutes sur la sincérité de leur recherche d'emploi et les jugements sur leur motivation amplifient la souffrance psychologique des demandeurs d’emploi. Cette marginalisation, renforcée par une mauvaise compréhension de leur quotidien, affecte leur bien-être émotionnel et social, en particulier dans une société qui valorise principalement le travail. Dans ce cadre, le simple fait de travailler, même de manière partielle joue un rôle essentiel dans la perception de sens et de valeur du quotidien, influençant directement la satisfaction des individus et leur sentiment d’accomplissement.
Ainsi, l’expérience du chômage varie d’un demandeur d’emploi à l’autre, influençant leur bien-être, leurs motivations et leurs perspectives. Ces différences mettent en évidence l’importance d’un accompagnement personnalisé, adapté à chaque individu, afin de favoriser une réinsertion professionnelle efficace.
Un effet protecteur de l'Assurance chômage
En parallèle, une question se pose concernant les actifs en emploi : la connaissance de leurs droits à l’allocation chômage influence-t-elle leur bien-être, en améliorant leur perception de sécurité économique ? Bien que les données ne révèlent pas de différence significative sur le bien-être global des actifs, un effet protecteur se dégage. Cette conscience d'un filet de sécurité contribue à réduire l'anxiété liée à la perte d’emploi, en apportant un soulagement face aux risques financiers perçus.
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Mesurer le bien-être subjectif
Accéder au site de l'Observatoire du bien-être (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)Depuis les années 1950, de grandes enquêtes nationales et internationales intègrent des questions qui mesurent le bien-être subjectif. Issues des recherches en psychologie, ces questions permettent de ne pas donner de définition de ce qu’est le bonheur, le bien-être ou une vie pleine de sens, en posant directement la question aux personnes et leur laissant toute liberté d’évaluer leur vie et leur situation à l’aune de leurs propres critères.
Cette approche a connu un regain d’intérêt à la fin des années 2000, où elles sont apparues comme un élément central des nouveaux indicateurs de richesse. Leur usage pour analyser les questions sociales et informer l’action publique a été favorisé par un travail d’harmonisation qui a permis de disposer d’une boîte à outil de questions de référence partagées entre les enquêtes.
En France, de telles questions sont incluses dans un nombre croissant d’enquêtes, qu’il s’agisse de celles de l’Insee – l’enquête Statistiques sur des Revenus et les Conditions de Vie des ménages (SRCV) sert notamment de base pour le suivi de ce volet des objectifs du développement durable – ou d’autres institutions, comme le Crédoc (l’enquête Conditions de Vie et Aspirations) ou le CEVIPOF (Baromètre de la confiance politique). L’Observatoire du bien-être du Cepremap finance une plate-forme de 20 questions, proposée chaque trimestre par l’Insee dans le cadre de son enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages (Camme). Un Tableau de bord en ligne ainsi que les Notes de l’Observatoire restituent les principaux résultats de cette enquête. Les questions de bien-être subjectif présentées ici et incluses dans le 6e volet du Baromètre de l’Unédic proviennent de cette plate-forme, ainsi que de l’enquête de conjoncture elle-même.
Pour en savoir plus, voir C. Senik, L’Économie du bonheur, Paris : La République des Idées et Seuil, 2014.
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Point méthodologique
Les chiffres présentés dans ce rapport diffèrent par endroit de ceux présentés en décembre 2024 dans la publication « Baromètre Unédic : focus sur l'état d'esprit des demandeurs d'emploi ». Dans cette dernière, nous nous nous étions fondés sur l’auto-déclaration des personnes, considérant comme chômeurs toutes les personnes qui s’identifiaient comme telles. Comme dans ce rapport nous avons voulu différencier les effets selon une typologie plus précise (Catégorie A, B ou C), nous nous sommes fondés sur l’inscription à France Travail. Les deux populations sont similaires, mais pas identiques, ce qui explique les différences : les écarts de bien-être moyen un peu plus importants dans la note de décembre que dans ce rapport soulignent un mal-être plus grand chez les inscrits à France Travail qui se déclarent chômeurs, par rapport à ceux qui, bien qu’inscrits à France Travail, se déclarent dans une situation différente (par exemple « en emploi » dû à une activité réduite).