En bref

Baromètre Unédic : les perceptions des Français à l'aune de leur vécu du chômage

Le Baromètre Unédic de la perception du chômage et de l’emploi montre que la connaissance – personnelle ou à travers un proche – de la perte d’emploi contribue à façonner les perceptions sur les demandeurs d’emploi et le chômage.

Unédic

Adrien Gaboulaud

29 avril 2024

Tous les Français n’ont pas le même rapport au chômage. L’Unédic, avec son Baromètre de la perception du chômage et de l’emploi, établit chaque année depuis 2020 un panorama détaillé des perceptions sur cette question, qui montre au-delà des résultats d’ensemble —qui sont souvent les plus commentés— une grande disparité des vues selon les profils interrogés.

Lors de la parution du premier volet de l’enquête en 2020, la question de l’influence de la proximité au chômage sur les opinions qui s’y rapportent avait fait l’objet d’une publication spécifique. Après la sortie du volet 5, l’Unédic explore de nouveau ce sujet, afin de mieux identifier les déterminants de l’opinion des Français.

Le Baromètre Unédic, réalisé par le cabinet Elabe, apporte une perspective unique sur la question du chômage et de l’emploi. En sollicitant à la fois un échantillon représentatif des Français et un échantillon représentatif des demandeurs d’emploi, il permet de croiser les regards et d’interroger finement les convictions, opinions et idées reçues (voir Méthodologie) sur ce fait de société.

Deux tiers des Français ont une proximité au chômage

Le chômage est un fait auquel une large partie de la population française est confrontée. Seuls 34 % des Français n’ont jamais connu le chômage et n’ont pas de proche actuellement demandeur d’emploi. Pour 66 % des Français, en revanche, le chômage revêt une dimension concrète.

  • Tout d’abord, 11 % des Français sont demandeurs d’emploi, parmi lesquels 5 % ont un proche demandeur d’emploi.
  • Il y a ensuite ceux qui ne sont pas demandeurs d’emploi mais qui ont connu le chômage par le passé (47 %), dont 11 % ont aussi un proche lui-même demandeur d’emploi.
  • Enfin, certains Français n’ont jamais connu le chômage mais ont un proche demandeur d’emploi : ils représentent 8 % de la population (Graphique 1).

Pour éclairer les perceptions des Français à l’aune de leur proximité au chômage, quatre catégories de répondants sont retenues, afin de simplifier la lecture des résultats :

  • les demandeurs d’emploi ;
  • les personnes qui ont connu le chômage mais ne sont pas inscrites aujourd’hui ;
  • les personnes qui n’ont jamais connu le chômage mais ont un proche demandeur d’emploi ;
  • les personnes qui n’ont jamais connu le chômage et n’ont aucun proche demandeur d’emploi.

L’opinion sur les demandeurs d’emploi est façonnée par la proximité des répondants

Il apparaît que le fait d’avoir vécu, personnellement ou à travers un proche, le chômage informe le regard des répondants sur les demandeurs d’emploi. Dans le cadre de l’enquête, plusieurs affirmations ont été proposées aux répondants, qui ont exprimé leur accord ou leur désaccord. Pour chaque affirmation testée, les personnes qui ont déjà connu personnellement le chômage sont moins susceptibles d’approuver les affirmations les plus critiques que celles qui en ont une expérience plus lointaine (Graphique 2).

Par exemple, l’idée que « les chômeurs touchent des allocations chômage trop élevées » n’est « tout à fait » partagée que par 3 % des demandeurs d’emploi, 12 % des personnes autrefois au chômage et 17 % de celles et ceux qui n’ont jamais connu le chômage mais ont un proche demandeur d’emploi. Enfin, ceux qui n’ont jamais connu le chômage et n’ont aucun proche demandeur d’emploi sont 16 % à « tout à fait » approuver cette affirmation.

Autre illustration : 56 % des demandeurs d’emploi partagent « tout à fait » l’affirmation selon laquelle « les chômeurs sont aussi compétents que les personnes en emploi. La proportion faiblit au fur et à mesure que la proximité au chômage se réduit : 32 % de ceux qui ont connu le chômage mais ne sont pas inscrits partagent l’affirmation, contre 28 % de ceux qui n’ont jamais connu le chômage mais ont un proche demandeur d’emploi et 23 % de ceux qui n’ont jamais connu le chômage et n’ont pas de proche demandeur d’emploi.

On peut également noter que, quelle que soit la proximité au chômage des répondants, les affirmations les plus négatives (« Les chômeurs sont des assistés », « La plupart des chômeurs fraude ») sont partagées par moins de 50 % des personnes interrogées et plus répandues parmi les personnes les moins familières avec le vécu du chômage.

Des perceptions moins tranchées sur les allocations chômage

En sollicitant les perceptions des répondants sur les allocations chômage, un tableau nuancé apparaît (Graphique 3). Certaines affirmations font consensus : plus de 7 personnes interrogées sur 10 sont d’accord pour affirmer que « les allocations chômage contribuent à lutter contre la pauvreté », quelle que soit leur proximité au chômage. Une majorité écrasante s’accorde autour de l’idée que « les allocations chômage sont un droit, puisqu’il est issu de cotisations ». Les allocations chômage sont également largement identifiées comme pouvant contribuer à la création d’entreprise, quoique cette perception soit particulièrement partagée par les demandeurs d’emploi (75 %) et ceux qui ont déjà connu un épisode de chômage (74 %).

Les divergences apparaissent en revanche autour d’affirmations plus critiques sur les allocations chômage. Elles sont ainsi perçues comme un « frein au retour à l’emploi » par une majorité des personnes qui n’ont pas connu le chômage, contre 16 % seulement des demandeurs d’emploi. De même, la durée moyenne des droits est jugée « trop longue » par une majorité de celles et ceux qui n’ont jamais connu le chômage.

On notera que l’idée reçue selon laquelle « le montant des allocations chômage dépasse parfois l’ancien salaire », rejetée par 90 % des demandeurs d’emploi, est d’autant plus répandue parmi un groupe de répondants qu’il se trouve éloigné du chômage. Cette idée fausse est minoritaire dans l’ensemble des groupes considérés.

Sur les causes du chômage, des visions polarisées

Dans le cadre du Baromètre Unédic, les répondants sont également interrogés sur ce qu’ils pensent être les causes du chômage. Afin de simplifier la lecture ici, trois grandes catégories agrégeant plusieurs réponses sont proposées comme causes possibles du chômage : les évolutions de la société, la responsabilité des entreprises et la responsabilité des chômeurs (Graphique 4).

Il apparaît que les répondants sont d’autant plus enclins à mettre en cause la responsabilité des chômeurs qu’ils sont éloignés du chômage : c’est le cas de 56 % de ceux qui n’ont jamais connu le chômage et n’ont aucun proche demandeur d’emploi, une proportion un peu plus importante que pour ceux qui ont connu le chômage (52 %) et très supérieure à celle des demandeurs d’emploi (22 %).

En outre, deux tiers des demandeurs d’emploi pointent la responsabilité des entreprises, mettant notamment en cause leurs pratiques de recrutement et le manque de postes à pourvoir, contre seulement 39 % des personnes les plus éloignées du chômage.

Un manque de familiarité qui entretient parfois des idées fausses

La perception des demandeurs d’emploi, des allocations chômage et des causes du chômage apparaît donc, à des degrés divers, influencée par la proximité au chômage. Dans plusieurs des cas étudiés ici, il apparaît que le regard des personnes interrogées est d’autant moins sévère qu’elles ont une expérience rapprochée du chômage, en particulier si cette expérience est personnelle.

Plusieurs éléments issus du Baromètre Unédic suggèrent un manque de familiarité avec les enjeux du chômage pour les personnes les plus éloignées du vécu des demandeurs d’emploi. Elles tendent plus que les autres à considérer :

  • que les demandeurs d’emploi ne recherchent pas vraiment un travail, alors qu’environ la moitié des allocataires de l’Assurance chômage travaillent et que les demandeurs d’emploi, en moyenne, ne consomment que 68 % de leur droit ;
  • que l’allocation chômage peut excéder le montant de l’ancien salaire, alors qu’elle ne peut jamais dépasser 75 % du salaire journalier de référence ;
  • qu’un chômeur est « forcément quelqu’un qui touche une allocation », alors qu’environ 40 % seulement des demandeurs d’emploi (catégories A, B et C) sont indemnisés.

Ces derniers exemples illustrent qu’un travail d’éclairage du débat public et de pédagogie sur l’Assurance chômage demeure nécessaire.

Pour en savoir plus :

  • Méthodologie

    Cette étude a été réalisée en ligne, avec l’institut Elabe, du 29 août au 25 septembre 2023. Etude quantitative, menée auprès d’un échantillon de 4 527 individus, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Les détails de la méthodologie et d’échantillonnage sont indiqués dans la synthèse de l’étude.

    Accéder au Baromètre

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