Le retour à l’emploi des personnes au chômage peut être entravé par plusieurs facteurs de nature très différente. Afin de mieux comprendre les freins qui s’imposent aux demandeurs d’emploi, l’Unédic les a questionnés dans le cadre du volet 7 de son Baromètre de la perception du chômage et de l’emploi, réalisé par le cabinet Elabe. Ces résultats permettent de comprendre la nature des obstacles rencontrés, mais aussi de constater comment ils peuvent s’additionner.
Les freins les plus fréquemment rencontrés ne sont pas nécessairement les plus redoutés
Les demandeurs d’emploi sollicités dans le cadre du Baromètre Unédic ont été invités à dire si, oui ou non, ils ont rencontré des difficultés en raison de 22 freins de nature différente, regroupés dans huit grandes catégories dans le Graphique 1. Les freins de la catégorie « compétences / expérience » sont les plus cités (72 % des demandeurs d’emploi déclarent en avoir rencontrés), devant les éléments liés à leur profil (66 %) et les freins d’ordre psychologique (61 %).
Ces résultats révèlent qu’un décalage existe entre les perceptions des situations bloquantes et la réalité vécue. Ainsi, les problèmes de garde d’enfant sont perçus par 64 % des demandeurs d’emploi comme « un frein majeur qui rend (presque) impossible de trouver un emploi », alors que la proportion de demandeurs d’emploi qui ont effectivement subi cette difficulté est de 24 %. Le décalage de perception peut jouer dans l’autre sens. Par exemple, 50 % des demandeurs d’emploi jugent que le fait d’être senior est un « frein majeur », mais les seniors inscrits à France Travail sont 74 % à rapporter des difficultés pour cette raison. Les freins les plus fréquemment rencontrés ne sont donc pas nécessairement les plus redoutés.
Il n’en demeure pas moins que les freins à l’emploi peuvent conduire à un renoncement concret (non-envoi d’une candidature, abandon d’un entretien d’embauche, voire refus d’une offre d’emploi) : 7 demandeurs d’emploi sur 10 indiquent avoir dû renoncer effectivement à un emploi en raison d’un ou plusieurs freins. Les facteurs liés à la mobilité arrivent en tête des raisons citées, devant les difficultés financières et les raisons liées au profil.
Le cumul des freins est généralisé et parfois particulièrement contraignant
Peu de demandeurs d’emploi indiquent n’avoir été confrontés à aucun des 22 freins testés dans le Baromètre Unédic, la plupart des personnes (91 %) en citant au moins un (Graphique 2). Parmi elles, un peu moins de la moitié déclare avoir rencontré entre 1 et 5 freins parmi ceux proposés (A). Une autre moitié a sélectionné 6 freins ou plus (B).
Ces chiffres ne renseignent pas sur la manière dont les personnes ont été confrontées à ces obstacles. S’agit-il de différents freins rencontrés à différents moments d’un parcours professionnel ? S’agit-il plutôt de difficultés simultanées qui se combinent ? Pour tenter d’y voir plus clair, il est utile de se pencher sur les récits que livrent les demandeurs d’emploi.
Dans le cadre de l’enquête, les personnes interrogées ont été invitées à raconter librement comment un ou plusieurs freins ont pu les conduire à renoncer à un emploi. Ces récits confirment qu’une partie des demandeurs d’emploi citent des obstacles qui se sont manifestés à différents moments de leur vie, sans nécessairement s’additionner à un moment donné. Ce sont des trajectoires marquées par l’apparition puis la disparition de freins. Ainsi, une femme quadragénaire confie que « ça a été compliqué de candidater à certaines offres » avant la « première rentrée scolaire » de son fils. Un homme quadragénaire se souvient, entre autres difficultés rencontrées au cours de sa vie, de « la discrimination par rapport à [son] jeune âge à l’époque ». Une femme quinquagénaire témoigne : « J'ai connu ma première période de chômage en 1999. À ce moment-là, j'habitais dans un quartier difficile et j'ai pris conscience de la discrimination sociale jusqu'en 2005. Cette situation s'est arrêtée net, après avoir réussi à déménager pour un appartement mieux situé ».
Pour d’autres demandeurs d’emploi, toutefois, ce sont bien des difficultés simultanées qui entravent le retour à l’emploi. Ces récits peuvent laisser entrevoir une grande détresse. Une femme trentenaire évoque : une « dépression » liée à « des violences conjugales », qui l’a placée dans une situation de « fragilité psychologique » qui « se serait fait ressentir pendant l’entretien [d’embauche] ». Elle évoque encore son logement, « mal isolé » et humide, « donc [ses] vêtements sentaient l’humidité malgré l’entretien [qu’elle] leur [apportait] ». Un homme raconte : « N'ayant pas de permis, certains emplois m'ont été refusés. Ensuite, (…) je suis en surpoids et âgé de 55 ans, je pense que cela freine les employeurs. » Une femme énumère : « Problème de transports : pas les moyens d’avoir un ticket de bus. A mon nom, on m’imagine voilée. Maintenant à 42 ans mon âge est un gros frein. »
Les demandeurs d’emploi qui cumulent le plus de freins sont plus jeunes, moins diplômés
Qu’est-ce qui distingue les demandeurs d’emploi cumulant de nombreux freins de ceux qui en subissent moins ? Pour répondre à cette question, on peut comparer le profil respectif de deux populations : les demandeurs d’emplois qui citent 1 à 5 freins à l’emploi et ceux qui déclarent subir 6 freins ou plus (Tableau 1).
Tableau 1 - Profils des demandeurs d'emploi selon le nombre de freins rencontrés, en %
Note : le groupe « 0 freins », non représenté ici, rassemble 9 % des demandeurs d’emploi. Le groupe B « 6 freins ou plus » rassemble 49 % de l’ensemble. | 1 à 5 freins | 6 freins ou plus (B) | Ensemble (A + B + « 0 freins ») | |
Sexe | Femmes | 50 | 52 | 51 |
Hommes | 50 | 48 | 49 | |
Âge | Moins de 30 ans | 23 | 33 | 27 |
De 30 à 39 ans | 27 | 24 | 25 | |
De 40 à 49 ans | 19 | 21 | 21 | |
De 50 à 59 ans | 20 | 16 | 18 | |
60 ans et plus | 11 | 6 | 9 | |
Niveau de diplôme | Inférieur au Bac | 38 | 56 | 48 |
Bac | 23 | 21 | 22 | |
Supérieur au Bac | 38 | 23 | 30 | |
Statut d’indemnisation | Indemnisé | 36 | 28 | 32 |
Demandeur d’emploi sans droit | 40 | 55 | 46 | |
Non indemnisé avec droit | 19 | 10 | 15 | |
Manquant | 5 | 7 | 6 | |
Catégorie socio-professionnelle | Agriculteurs, artisans, commerçants | 8 | 5 | 7 |
Cadres | 21 | 11 | 16 | |
Professions intermédiaires | 16 | 14 | 15 | |
Employés | 26 | 28 | 28 | |
Ouvriers | 14 | 16 | 15 | |
Inactifs (étudiants, femme/homme au foyer, etc.) | 14 | 26 | 19 | |
Catégorie d’agglomération | Moins de 2 000 hab. | 14 | 17 | 16 |
De 2 000 à 20 000 hab. | 16 | 15 | 16 | |
De 20 000 à 100 000 hab. | 14 | 17 | 16 | |
De 100 000 à 2 000 000 hab. | 40 | 34 | 36 | |
Agglomération parisienne | 16 | 16 | 16 | |
Les totaux peuvent être différents de 100 en raison d’arrondis.
Les différences les plus marquées entre le groupe « 1 à 5 freins » et le groupe « 6 et plus » sont signalées par des zones grisées.
Base : demandeurs d'emploi
Source : Baromètre Unédic de la perception du chômage et de l'emploi, volet 7
Il apparaît alors que les jeunes (moins de 30 ans) sont plus nombreux chez les demandeurs d’emploi qui cumulent 6 freins ou plus (+10 points par rapport au groupe « 1 à 5 freins »). De même, pour les demandeurs d’emploi ayant un niveau de diplôme inférieur au Bac (+18 points). Si l’on considère le statut d’indemnisation, la part de demandeurs d’emploi sans droit est plus élevée parmi les personnes cumulant le plus de freins (+15 points). Les personnes inactives sont également plus nombreuses dans ce groupe (+12 points), qui concentre une majorité des « inscrits automatiques » à France Travail à partir de janvier 2025 (bénéficiaires du RSA, jeunes suivis par des missions locales et personnes accompagnées par une structure Cap emploi). Pour une large part, il s’agit de personnes plus éloignées de l’emploi que les autres demandeurs d’emploi.
A lire : en savoir plus sur les inscriptions automatiques à France Travail
En miroir, le groupe « 1 à 5 freins » se distingue par une part de diplômés du supérieur plus élevée (+15 points par rapport au groupe « 6 freins ou plus »). Les demandeurs d’emploi indemnisés (+8 points) et les cadres (+10 points) sont également plus nombreux.
Ces éléments confirment l’hétérogénéité de la population des demandeurs d’emploi. Si 9 sur 10 confient rencontrer des freins dans leur recherche d’emploi, ces difficultés ne s’additionnent pas de la même manière selon les profils. France Travail œuvre à relever ce défi (Encadré 1).
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Encadré 1 - Relever les défis périphériques pour faciliter le retour à l'emploi
Opérateur de l’Unédic, France Travail s’attache à repérer rapidement les contraintes personnelles qui peuvent freiner le parcours professionnel des demandeurs d’emploi. Grâce à une qualification précise de ces situations – mobilité, santé, logement, numérique ou accompagnement social – France Travail peut les orienter vers les bonnes structures et leur proposer les aides et les dispositifs les plus adaptés à leurs besoins.
En savoir plus sur : dora.inclusion.gouv.fr et mes-aides.francetravail.fr
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Méthodologie
Le Baromètre Unédic est réalisé en ligne. Il s’agit d’une étude quantitative, menée auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, raisonné pour les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail. Pour obtenir les résultats sur l’ensemble des Français, les deux cibles sont fusionnées et les demandeurs d’emploi issus du Fichier national des allocataires (FNA) remis à leur bon poids. Les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail issus du panel n’ont pas été fusionnés avec ceux du FNA, et ont été attribués d’un poids nul lors des traitements statistiques.
Interrogation par Internet du 3 septembre au 29 septembre 2025, menée auprès d’un échantillon de 4553 individus (dont 1547 demandeurs d’emploi).
Retrouvez la méthodologie et l’intégralité du volet 7 du Baromètre Unédic.