Les chômeurs pourraient-ils retrouver du travail « s’ils le voulaient vraiment » ? Cette idée reçue trouve un certain écho dans l’opinion. Ainsi, une majorité de Français (près de 6 sur 10 dans le Baromètre de la perception du chômage et de l’emploi) sont plutôt ou tout à fait d’accord avec l’idée que les chômeurs « ne font pas de concession dans leur recherche d’emploi ». Mais est-ce vraiment l’intransigeance des demandeurs d’emploi qui entrave leur retour à l’emploi ?
Afin de confronter cette perception à la réalité vécue par les demandeurs d’emploi, l’Unédic se penche, dans le cadre du 7e volet de son Baromètre, sur la question des freins à l’emploi et sur les concessions que les demandeurs d’emploi sont prêts à faire pour reprendre un travail. Sollicitées par le cabinet Elabe pour confier leurs expériences personnelles de ces freins, les personnes interrogées livrent des témoignages éclairants – et parfois contre-intuitifs. Dans ces récits, on trouve sans doute les leviers pour favoriser le retour à l’emploi.
@unedic Trouver un emploi en 2025 ? Pour beaucoup, c’est compliqué. 2 demandeurs d’emploi sur 3 pensent qu’ils ont peu de chances d’en retrouver un rapidement. Pourquoi ❌ Pas de mode de garde, problèmes de santé, âge, discriminations, transports, lieu de vie… Résultat : 7 sur 10 ont déjà renoncé à un poste. Alors ils s’adaptent 👇 Salaire plus bas, temps partiel, trajets plus longs, parfois déménagement. Chercher un emploi, ce n’est pas juste envoyer des CV. C’est souvent faire de vraies concessions. #assurancechômage #chômage #emploi #france #fyp #tiktokfrance #pourtoi #travail #chômeurs #unedic #marchédutravail #francetravail #mobilité #transport #déménagement ♬ son original - Unédic
L’impossibilité de faire garder ses enfants, frein numéro 1
Le Tableau 1 ci-dessous expose une liste de 22 situations pouvant être considérées comme des freins pour trouver un emploi. Les répondants devaient dire s’ils considèrent que chaque item constitue ou pas un frein, majeur ou non. Pour 64% des demandeurs d’emploi, « avoir des enfants sans possibilité de les faire garder » est un frein majeur. C’est le frein numéro 1, devant « avoir une maladie chronique ou de longue durée » (58%) et « avoir des difficultés à s’exprimer ou écrire en français » (53%). Suivent « être senior » (50%), « être en situation de handicap » (45%) et « ne pas avoir de voiture ou le permis de conduire » (43%).
Il est notable que les actifs en emploi se montrent systématiquement moins enclins à considérer comme des freins les situations testées, avec parfois un véritable fossé : 22 points d’écart sur la question de la garde d’enfants, 18 points pour la question de la santé ou encore 16 points sur l’accès aux transports en commun. Cette sous-estimation des difficultés par les actifs en emploi résonne avec un autre décalage, constaté par le Baromètre Unédic : seuls 28% des actifs en emploi estiment qu’il leur serait difficile de retrouver un emploi s’ils se trouvaient au chômage demain, alors que 59% des demandeurs d’emploi considèrent que retrouver un emploi est difficile.
Ces résultats renseignent sur les perceptions des freins, mais ils ne permettent pas de connaître l’expérience concrète des demandeurs d’emploi face à ces difficultés. Pour examiner cette dimension, il a été demandé aux répondants s’ils avaient dû renoncer à un emploi pour des raisons liées à la mobilité, des contraintes financières, des motifs liés à la discrimination, des obstacles liés à la santé, des raisons familiales ou sociales ou des difficultés en lien avec le logement.
Des freins qui conduisent à des renoncements concrets
Sept demandeurs d’emploi sur 10 confient avoir dû renoncer à un emploi pour au moins une des raisons testées. Les questions de mobilité ressortent en premier, devant celles relatives à la situation financière ou à l’expérience de la discrimination (Graphique 1).
Les répondants et répondantes ont ensuite été invités à préciser les circonstances dans lesquelles le renoncement s’est produit, via une question ouverte, sans réponse suggérée. Ces témoignages font la lumière sur les freins éprouvés par les demandeurs d’emploi. Ainsi, sur la question de la mobilité, une personne explique : « Je suis titulaire du permis B mais je n’ai pas de véhicule, j’ai dû renoncer à un emploi qui était trop loin de chez moi ». Une autre raconte que « l’entreprise était située dans un endroit non desservi par les transports en commun ».
Les propos des demandeurs d’emploi permettent également de comprendre des éléments qui pourraient apparaître contre-intuitifs. Il en est ainsi des difficultés financières, qui peuvent conduire à des renoncements à l’emploi, ainsi que l’explique une personne : « Étant sur les dernières années auxiliaire de vie, trop de frais pour les trajets, entretien du véhicule… Le tout avec un salaire de misère. » Un autre demandeur d’emploi confie que « financièrement c'est parfois compliqué (…) il faut pouvoir trouver l'argent pour se déplacer avant sa première paie ». Une troisième personne témoigne : « Aujourd'hui, j'ai un entretien mais je n'ai pas reçu mon solde de tout compte donc je ne peux pas m’y rendre. Je préfère habiller et nourrir mes enfants ».
De même, certains demandeurs d’emploi racontent avoir dû renoncer à des emplois pour des raisons liées à la discrimination. Il s’agit souvent de refuser des concessions considérées comme inacceptables ou d’éviter des contextes perçus comme hostiles. « J'ai renoncé à des postes de menuisière parce que l'ambiance était trop machiste, je m'y sentais trop mal à l'aise pour y passer 35 heures par semaine pendant plusieurs années », témoigne par exemple une demandeuse d’emploi.
Un quart des demandeurs d’emploi indique avoir dû renoncer à un emploi en raison de problèmes de santé ou d’une situation de handicap. « J’ai une maladie chronique qui empêche de pouvoir travailler dans certains secteurs », indique par exemple une personne. Une autre évoque un « problème de handicap qui ne [lui] permet pas de rester debout plus de 2 heures d'affilée ».
Les contraintes familiales, identifiées comme le premier frein potentiel, ont effectivement conduit 23% des demandeurs d’emploi à renoncer à un emploi. Une personne témoigne de difficultés avec la garde d’enfants : « Aucun moyen de garde proposé. Pas de place en crèche municipale. » La situation d’aidant d’une personne dépendante peut aussi constituer un frein (Encadré 1) : « J'ai accompagné en tant qu'aidant les dernières années de vie de ma mère », explique un répondant qui avait indiqué avoir dû renoncer à un emploi pour des raisons familiales.
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Encadré 1 – L’aidance, un sujet pour les actifs en emploi et pour les demandeurs d’emploi
Dans un contexte de vieillissement de la population, la question du statut d’aidant devient un enjeu majeur pour les actifs en emploi comme pour les demandeurs d’emploi. En 2025, l’Unédic a mis en lumière les attentes des actifs aidants d’un proche âgé dans son enquête « Le travail en transitions » dédiée à la transition démographique. France Travail a également mené une enquête, centrée sur les demandeurs d’emploi, qui témoignent des difficultés que rencontrent les « proches aidants » qui sont en recherche d’emploi.
Enfin, les problèmes de logement peuvent eux aussi constituer un frein au retour à l’emploi. « Lorsque j’ai perdu mon logement, je me suis retrouvé contraint de vivre dans ma voiture quelques temps et j’étais ainsi dans l’impossibilité de chercher ni d’avoir un emploi fixe, n’ayant pas d’adresse fixe où me poser », témoigne une personne. Un autre répondant raconte avoir dû renoncer à des emplois à Paris, faute de pouvoir s’y loger : « Impossible de louer un appartement tant qu'on n’est pas en CDI depuis plus de 6 mois et touchant 3 fois le montant du loyer ».
Face aux obstacles, les demandeurs d’emploi se disent prêts à des concessions et à adapter leurs attentes
Les récits partagés par les demandeurs d’emploi permettent de mieux comprendre comment le retour à l’emploi peut être parfois empêché par des facteurs périphériques, sur lesquels les personnes peuvent difficilement agir. Il n’en reste pas moins que, dans leur ensemble, les demandeurs d’emploi se montrent prêts à faire des concessions, parfois très substantielles.
Une large majorité d’entre eux (88%) se disent prêt à accepter des concessions sur le temps de travail ou son organisation. En détail, 68% se disent ouverts à un emploi à temps partiel (Graphique 2) ; 59% accepteraient un rythme de travail irrégulier ; 46% pourraient travailler en horaires décalés et 45% consentiraient à travailler à temps partiel très réduit. La perspective de changements de planning de dernière minute est acceptée par 36% des demandeurs d’emploi.
Sur le plan salarial, 1 demandeur d’emploi sur 2 se déclare prêt à revoir à la baisse ses prétentions salariales. Seuls 22% répondent n’y être « pas du tout » disposés.
Il se trouve également une nette majorité (64%) de demandeurs d’emploi pour accepter une augmentation de leur temps de trajet. Ils sont prêts à doubler leur temps de trajet (+23 minutes en moyenne pour un aller simple) par rapport à leur précédent emploi.
Quatre demandeurs d’emploi sur 10 se disent prêts à changer de région pour trouver un emploi. Pour les autres, envisager un déménagement est difficile. Parmi les premières raisons que citent les demandeurs d’emploi qui déclarent ne pas vouloir déménager, le souhait de ne pas s’éloigner de ses proches arrive en tête (41%), devant les frais liés à un éventuel déménagement (40%). « Il n'est pas envisageable de déménager ni de m'éloigner d'un parent à la retraite », explique une personne sollicitée dans l’enquête. « Je n'ai pas l'argent pour un déménagement spontané », constate une autre. L’attachement au territoire est cité par 31% des répondants comme motif de refus de déménager.
Qu’il s’agisse de freins périphériques ou de concessions parfois impossibles, ces obstacles contribuent à la perception par une majorité de Français d’une inégalité des chances face au monde du travail : 64% considèrent que tout le monde n’a pas les mêmes chances de trouver un emploi en France, avec une proportion plus élevée encore (76%) chez les demandeurs d’emploi.
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Relever les défis périphériques pour faciliter le retour à l’emploi
Accéder au service « Mes aides » de France Travail (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Selon France Travail, près de 40% des demandeurs d’emploi déclarent rencontrer au moins une contrainte personnelle parmi les 8 référencées comme telles par le Comité national pour l’emploi : mobilité, santé, contraintes familiales, numérique, précarité financière, logement, compétences de base, difficultés juridiques et administratives.Ces contraintes personnelles peuvent impacter, à des degrés divers, la capacité des demandeurs d’emploi concernés à retourner à l’emploi et ainsi constituer des « défis périphériques » à l’emploi.
Dans ce contexte, France Travail se mobilise autour de trois ambitions : repérer de manière fiable et précoce l’ensemble des contraintes personnelles, qualifier le plus précisément les situations pour comprendre la nature exacte de la difficulté rencontrée, et enfin proposer la solution adaptée délivrée par le bon acteur.
Partout dans les territoires, les acteurs compétents proposent des dispositifs ou services pour répondre aux besoins des publics en parcours d’insertion sociale et professionnelle. La plateforme DORA référence ces solutions et permet aux conseillers France Travail d’orienter les demandeurs d’emploi vers les structures adaptées.
En complément, France Travail développe des partenariats porteurs de solutions pour les demandeurs d’emploi comme des places de crèches « à vocation d’insertion professionnelle », des accompagnements à l’accès aux droits et aux soins par les Missions d’accompagnement santé de l’assurance maladie ou l’accès à des aides d’Action Logement, comme la Garantie Visale.
Cette mobilisation de France Travail est guidée par un vœu : relever les défis périphériques à l’emploi pour qu’ils ne soient plus des freins à l’accès ou au retour à l’emploi.