L’incertitude qui trouble l’économie mondiale n’épargne pas l’Assurance chômage. Le déploiement de mesures protectionnistes s’ajoute aux tensions géopolitiques existantes, renforçant encore l’instabilité. Les flottements sur la politique budgétaire en France, quoique temporairement relégués au second plan par cette actualité internationale, n’ont pas disparu. Ainsi, en France, l’année 2025 serait celle d’un ralentissement marqué de l’activité économique (+ 0,6 % de croissance, après + 1,1 % en 2024), avant un redémarrage très progressif en 2026 (+ 0,9 %). En 2027, la croissance serait de + 1,3 %.
Une dégradation de l'emploi confirmée
Dans ce contexte macroéconomique altéré par rapport à la prévision de février 2025, la dégradation de l’emploi serait confirmée, voire amplifiée en 2025 avec - 91 000 destructions nettes. La reprise serait progressive en 2026 (+ 55 000) et soumise à des aléas conséquents notamment en lien avec le Projet de Loi de Finances 2026. L’amélioration de l’emploi serait plus franche en 2027 (+ 174 000).
En 2025 et 2026, les effectifs de chômeurs indemnisés par l’Assurance chômage diminueraient. L’effet des réformes 2019-2021 et 2023, jouant à la baisse sur les effectifs, serait plus fort que l’effet à la hausse de la conjoncture dégradée. Les effectifs s’établiraient à 2,5 millions fin 2027, cette fois sous l’effet conjugué d’une conjoncture plus favorable et de la Convention d’assurance chômage 2024.
Un solde financier négatif en 2025 et 2026
Sur le plan financier, la situation demeurerait marquée par les 12,05 Md€ de prélèvements totaux sur les recettes de l’Unédic entre 2023 et 2026, décidés par l’État. Il faut y ajouter une perte de CSG liée aux évolutions de l’assiette des travailleurs indépendants (- 800 M€ en 2026, - 400 M€ par la suite). En outre, la baisse de la contribution patronale de 0,05 point prévue par la Convention d’assurance chômage 2024 réduirait proportionnellement les recettes (de près de 400 M€ en régime de croisière). Elles s’établiraient ainsi à 45,0 Md€ en 2025, 44,1 Md€ en 2026 et, sous l’hypothèse de l’absence de prélèvements de l’État, à 49,5 Md€ en 2027.
Les dépenses totales de l’Assurance chômage diminueraient entre 2025 et 2027, passant de 45,2 Md€ à 44,2 Md€. Il faut noter que les dépenses d’allocations seules se réduiraient plus rapidement que les dépenses totales. En effet, la contribution de l’Unédic au financement de France Travail à hauteur de 11 % des contributions d’assurance chômage de l’année N-2 est calculée avant application des prélèvements État et représente 5 Md€ en 2025. Le taux de contribution effectif au financement de l’opérateur serait ainsi de 11,5 % en 2025, 11,6 % en 2026 et 11,8 % en 2027.
Le désendettement de l'Assurance chômage paralysé
L’arrêt du désendettement de l’Assurance chômage se confirme. L’endettement s’établirait à - 59,8 Md€ en 2025, puis - 60,3 Md€ en 2026 et - 54,9 Md€ en 2027 (absence de prélèvement de l’État pour cette année-là).
Alors que l’Unédic est confrontée à des échéances de remboursement de la dette contractée à des taux avantageux pour faire face à la crise Covid-19, de nouveaux emprunts doivent être lancés dans une période où les taux d’intérêts sont moins favorables.
Sans les décisions de l’État amputant les recettes de 2023 à 2026 et les charges d’intérêts associées estimées à près de 1 Md€ sur 2023-2027, l’endettement aurait atteint - 41,9 Md€ fin 2027, soit un niveau proche de celui observé avant l’entrée dans la crise sanitaire.
« Des décisions exogènes, prises unilatéralement par l'Etat, sans concertation, compromettent la gestion de l'Assurance chômage qui est portée avec rigueur par les partenaires sociaux. Alors que cette gestion nécessite de la stabilité, nous avons le sentiment que l'Assurance chômage devient une variable d'ajustement des finances publiques de l'Etat. Dans un climat de grande incertitude économique, nous avons une certitude : nous ne sommes pas prêts de nous désendetter », déclare Jean-Eudes Tesson, président de l'Unédic.
« Le fait d'empêcher le régime de se désendetter est vraiment une source d'inquiétude pour nous. Il y a un risque majeur sur la capacité de l'Assurance chômage à amortir un potentiel futur choc économique », alerte Patricia Ferrand, vice-présidente de l'Unédic. « Les excédents qui sont ponctionnés résultent des efforts fournis par les demandeurs d'emploi, avec en particulier une limitation des droits à indemnisation, qui a été très fortement portée par les réformes gouvernementales mais aussi par la dernière convention des partenaires sociaux de 2024 », souligne-t-elle également.
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A propos de cette prévision
L’Unédic retient comme hypothèses de croissance et d’inflation les prévisions du Consensus des économistes, moyenne des prévisions d’une vingtaine d’instituts et banques, publiées chaque mois. La présente prévision repose sur la publication du Consensus des économistes de mai 2025.
Les effets potentiels de la loi pour le Plein emploi prévoyant une inscription élargie auprès de France Travail en 2025, notamment des bénéficiaires du RSA, ne sont pas intégrés dans cet exercice de prévision.
La prévision financière pour l’année 2027 est empreinte d’une incertitude importante dans la mesure où non seulement elle repose sur une trajectoire de croissance du PIB inscrite sur un horizon lointain mais aussi sur l’hypothèse d’absence d’intervention de l’État en 2027.