En bref

Comprendre le chômage au sens du BIT

Le taux de chômage au sens du BIT est un indicateur essentiel pour analyser la situation du marché du travail, mais il n’est pas le seul. Cette publication se propose d’examiner sa signification et son articulation avec d’autres notions.

4 septembre 2026 - Unédic

Aucun indicateur unique ne permet, à lui seul, d’appréhender l’ensemble des dynamiques du marché du travail. Les différentes mesures du chômage – chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) d’une part, classification administrative des inscrits à France Travail d’autre part – reposent sur des sources, des périmètres et des logiques statistiques distinctes et doivent être analysées de manière complémentaire.

Premièrement, l’indicateur de chômage au sens du BIT est produit par l’Insee à partir de l’enquête Emploi, qui est désormais réalisée en continu et porte sur environ 80 000 logements. Il offre une mesure harmonisée au niveau international fondée sur des critères stabilisés : absence d’emploi, recherche active, disponibilité immédiate (voir Encadré 1). Cet indicateur, construit à partir de déclarations individuelles recueillies en population générale, constitue un baromètre robuste de la situation globale du marché du travail et de la conjoncture. Il intègre notamment les évolutions de la population active et permet des comparaisons fiables dans le temps et entre pays.

 

  • Encadré 1 - Les critères du chômage au sens du BIT

    Le Bureau international du travail (BIT) est le secrétariat permanent de l’Organisation internationale du travail (OIT), l’agence de l’ONU pour le monde du travail. La définition du chômage au sens du BIT a été adoptée par la France dès 1982. Elle n’a pas changé depuis. Trois critères interviennent pour classer une personne (de 15 ans ou plus) comme chômeur au sens du BIT :

    1. ne pas avoir travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine de référence à propos de laquelle les personnes sont interrogées (à savoir la semaine qui précède l’interrogation) ;
    2. être disponible pour travailler dans les deux semaines suivantes ;
    3. avoir effectué des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent (ou avoir trouvé un emploi qui commence dans les 3 mois).

Le chômage au sens du BIT est notamment utilisé par l’Unédic pour bâtir ses prévisions financières, actualisées trois fois par an. Il est également mobilisé pour qualifier les périodes de conjoncture – défavorable ou favorable – dans le cadre des règles dites de « contracyclicité », entrées en vigueur en 2023 (Encadré 2).

  • Encadré 2 - Rappel des règles de la réforme 2023 (dite de la contracyclicité)

    Depuis la réforme 2023 d’assurance chômage, aussi appelée « de contracyclicité », quelle que soit la conjoncture, lorsqu’une personne ouvre un droit chômage, un coefficient réducteur (75%) est appliqué à sa durée de droit, avec un plancher de 6 mois. Les durées maximales sont désormais de 18, 22,5 et 27 mois respectivement pour les personnes qui ouvrent un droit à 55 ans ou moins, 55-56 ans, ou 57 ans ou plus. 

    En cas de conjoncture défavorable, un complément de fin de droit (CFD) correspondant aux 25% raccourcis est versé aux personnes qui atteignent leur fin de droit, pour tous les inscrits à France Travail indemnisables par le régime général dont les droits devaient s’épuiser dans les 30 jours (en France métropolitaine et Monaco). 

    L’état de conjoncture défavorable est caractérisé par l’une des conditions suivantes : 

    • un taux de chômage qui atteint ou dépasse le seuil de 9,0 % sur un trimestre, 
    • OU une variation de 0,8 point ou plus du taux de chômage sur un trimestre. 

    Alors, le « complément de fin de droits » (CFD) est déclenché via une circulaire de l’Unédic dans les 10 jours suivant la publication par l’Insee du taux de chômage au sens du BIT pour la France (hors Mayotte). 

    En cas de passage à une conjoncture favorable, le CFD cesse d’être attribué au 1er jour du mois qui suit la publication de la circulaire Unédic constatant sa réalisation caractérisée par les deux conditions cumulatives suivantes sur trois trimestres consécutifs : 

    • retour du taux de chômage en deçà du seuil des 9,0 %, 
    • ET des variations trimestrielles du taux de chômage de moins de 0,8 point. 

    La conjoncture est jugée comme favorable au sens des critères de la contracyclicité depuis mi-2018, hors période Covid. Elle devrait le rester à horizon de la prévision malgré la poursuite attendue de l’augmentation du taux de chômage.

Deuxièmement, les indicateurs issus de l’inscription à France Travail – distribués en catégories A, B, C, D, E, F et G – reposent sur des données administratives. Ils reflètent avant tout des comportements d’inscription et d’actualisation, ainsi que les règles d’indemnisation et d’accompagnement en vigueur, et des orientations de gestion de la liste. Ils constituent un outil essentiel pour le pilotage opérationnel du service public de l’emploi et pour le suivi des allocataires de l’Assurance chômage. Toutefois, ils couvrent une réalité différente de celle du BIT : les inscrits peuvent être en emploi salarié (catégories B ou C), en formation (catégorie D) ou déjà en activité non salariée (catégorie E). Ils ne se superposent donc que partiellement à la définition du chômage internationalement reconnue.

Les données relatives aux inscrits à France Travail ne coïncident que partiellement avec le chômage BIT

En outre, les évolutions institutionnelles récentes ont contribué à accroître la sensibilité de l’indicateur DEFM à des facteurs non conjoncturels. Récemment, la loi pour le Plein emploi et l’inscription automatique des bénéficiaires du RSA ont pu « bruiter » les séries statistiques. En effet, en rendant automatique l’inscription à France Travail de tous les bénéficiaires du RSA et des jeunes en missions locales, la loi pour le Plein emploi a provoqué l’arrivée d’environ 1,2 million de nouveaux inscrits, alors que seuls 40 % l’étaient auparavant. La création de nouvelles catégories statistiques (F, pour les personnes en parcours social, et G, pour les personnes en attente d’orientation) ajoute également un changement de structure qui rend les comparaisons temporelles délicates. De même, la simplification des modalités d’inscription en ligne a mécaniquement influé sur le volume des inscrits, sans traduire stricto sensu une détérioration de la situation de l’emploi. Ce type d’effet de structure rappelle que les données administratives doivent être interprétées avec prudence, en tenant compte des effets des réformes et des changements de comportement qu’elles induisent.  

Ces deux approches ne mesurent donc pas la même réalité et ne coïncident que partiellement : En moyenne en 2024, avant même la loi Plein Emploi de 2025, à partir d’une étude ad hoc appariant les deux sources de données, l’Insee montre que parmi les inscrits en catégorie A, seuls 49 % relève du chômage au sens du BIT. Les effectifs relevant de chaque définition sont d’ailleurs sensiblement différents depuis de nombreuses années (Graphique 1).

On peut également noter que la réforme Plein emploi a eu un effet sur le taux de chômage au sens du BIT. L’Insee estime ainsi que cette loi expliquerait près de la moitié de la hausse du taux de chômage depuis fin 2024 (0,44 point sur 0,98 point). L’Insee souligne cependant que « ces contributions doivent toutefois être considérées avec prudence, du fait des aléas d’enquête et de la faible part des populations concernées ». « Il s’agit par ailleurs de contributions comptables, qui ne permettent pas de distinguer les effets de la loi pour le plein emploi des effets conjoncturels affectant ces publics », précise l'Insee. 

Enfin, si le chômage au sens du BIT mesure de façon harmonisée la privation d’emploi et constitue un repère solide pour l’analyse conjoncturelle et les comparaisons internationales, il ne rend pas compte des situations d’emploi non complet : temps partiel, emploi précaire ou instable. Le halo du chômage élargit cette lecture en identifiant les personnes proches du chômage sans répondre strictement aux critères, tandis que la mesure du sous-emploi met en lumière les travailleurs en emploi mais dont la durée travaillée est contrainte, notamment les temps partiels subis ou les situations d’activité partielle involontaire.