Prévisions financières

Prévisions financières de l'Unédic - juin 2026

L’Unédic anticipe un creusement du déficit de l’Assurance chômage en 2026, à -2,3 Md€. La dégradation de la conjoncture vient s’ajouter aux décisions de l’État qui privent le régime d’une partie de ses recettes.

17 juin 2026 - Laure Baquero, Cassandre Baufle, Boris Koehler, Gaëtan Stéphan, Yann Desplan

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran assombrit l’horizon économique. L’Unédic retient une croissance de +0,6% en 2026, sensiblement plus faible que ce qui était attendu lors du dernier exercice de prévisions, basé sur des hypothèses antérieures au déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. En 2027, la croissance serait de +0,9%. Portée par les prix de l’énergie, l’inflation repartirait également à la hausse en 2026, avant de refluer progressivement en 2027 et 2028.

L’emploi salarié privé verrait son recul se poursuivre : -55 000 emplois affiliés à l’Assurance chômage en 2026 (après -65 000 en 2025), puis +40 000 en 2027 et une reprise plus marquée en 2028 avec +140 000 créations nettes. En corollaire, l’Unédic s’attend à une hausse du taux de chômage fin 2026 (8,3%, contre 7,9% en 2025), avant un reflux en 2028 (8,0%). Toujours contenus par les effets réglementaires - principalement la réforme d’assurance chômage de 2023 - les effectifs de chômeurs indemnisés augmenteraient toutefois légèrement en 2026. Ils diminueraient ensuite, en restant cependant supérieurs à 2,5 millions d’indemnisés sur l’horizon de prévision.

Des recettes sous pression de l'État

Dans ce contexte, les dépenses d’assurance chômage augmenteraient en 2026 (46,6 Md€, contre 45,3 Md€ en 2025), puis en 2027 (47,5 Md€). Un repli interviendrait en 2028 (47,2 Md€), avec les premiers effets de l’avenant 2026 à la convention d’assurance chômage sur les ruptures conventionnelles, mais limité par l’augmentation des dépenses hors allocations et aides (9 Md€ en 2028, contre 8 Md€ en 2025). Ces autres dépenses comprennent notamment la contribution de l’Unédic au financement de l’opérateur France Travail, qui représente 11% des contributions d’assurance chômage de l’année N-2 avant prise en compte des prélèvements de l’État. 

Concernant les recettes, les décisions de l’État restent lourdes de conséquences, en particulier en 2026. La conjugaison des prélèvements et de pertes sur la CSG activité sur les indépendants conduit à une diminution des recettes cette année : elles s’élèveraient à 44,3 Md€ en 2026, contre 45,4 Md€ en 2025. En l’absence de prélèvements de l’État prévus pour 2027 et 2028, les recettes seraient en forte hausse : 49,6 Md€, puis 51,2 Md€. 

Les pressions sur les recettes imposées par l’État interviennent dans un environnement macroéconomique dégradé et l’équilibre financier du régime d’assurance chômage s’en trouve compromis. Après un solde très légèrement positif en 2025 (+0,1 Md€), la dégradation serait sensible en 2026 : -2,3 Md€. Toujours sous l’hypothèse d’absence de prélèvements de l’État en 2027 et 2028, le solde redeviendrait positif : +2,1 Md€ fin 2027, puis +4,0 Md€ fin 2028. Ces estimations de solde sont dégradées par rapport à la prévision précédente de mars 2026, reflétant la détérioration de la conjoncture.

La dette de l'Assurance chômage devrait se creuser en 2026

En conséquence, après 3 années de stabilité, la dette de l’Assurance chômage devrait à nouveau se creuser en 2026, à 61,5 Md€. Le désendettement engagé en sortie de la crise Covid-19 est au point mort. Il reprendrait en 2027 et 2028, avec une dette de 55,4 Md€ à l’horizon de la prévision, sous réserve que l’Unédic conserve la maîtrise de ses recettes. Il faut noter que cet effort est gêné par la nécessité de refinancer, dans un contexte de taux élevés, la dette contractée au moment de la crise sanitaire. 

« Le régime d’assurance chômage est solide et sain structurellement. Il fonctionne sur un principe clair de désendettement en période économique plus favorable, afin de laisser quelque marge de manœuvre pour faire face à des crises. Mais force est de constater que les décisions de l’État pèsent lourdement sur la trajectoire de désendettement du régime, paralysée depuis 2023. Et cela malgré la forte baisse des dépenses à la suite des dernières réformes. A partir de 2027 se pose la question de savoir si l’État tiendra ce qui était une forme d’engagement : cesser les prélèvements sur l’Assurance chômage, de manière à redonner de la visibilité et de la stabilité au financement du régime », a déclaré Patricia Ferrand, présidente de l'Unédic.

« L’État se préoccupe beaucoup du désendettement de l'Assurance chômage, puisqu’il a indiqué à plusieurs reprises que les décisions qu’il prenait y contribuaient. En 2025 encore, il a rappelé l’objectif de désendettement dans sa lettre de cadrage. Mais quand on regarde ce qui s’est passé, c’est exactement l’inverse, à tel point que notre modèle est menacé : le régime ne se désendette pas lorsque la conjoncture est favorable. Nous lançons un appel à une décision responsable : l’abandon de tout nouveau prélèvement de l’État », a affirmé Jean-Eudes Tesson, vice-président de l'Unédic.

  • A propos de cette prévision

    L’Unédic retient comme hypothèses de croissance et d’inflation les prévisions du Consensus des économistes, moyenne des prévisions d’une vingtaine d’instituts et banques, publiées chaque mois. La présente prévision repose sur la publication du Consensus des économistes de juin 2026. 

    Les effets des mesures issues du Projet de Loi de Finances (PLF) et de celui concernant le financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) de 2026 sont intégrés à cet exercice de prévision, y compris la suspension de la réforme des retraites entre septembre 2026 et décembre 2027.

    Les effets potentiels de la loi pour le Plein emploi prévoyant une inscription élargie auprès de France Travail en 2025, notamment des bénéficiaires du RSA, sont intégrés dans cet exercice de prévision ; ils sont néanmoins susceptibles d’être révisés à l’avenir en fonction de l’évolution des données disponibles.

    Ces prévisions financières prennent en compte les effets de l’accord conclu le 25 février 2026 par les partenaires sociaux sur l’indemnisation des ruptures conventionnelles dans le cadre de la négociation sur le régime d’assurance chômage.