Le nombre d’allocataires frontaliers se stabilise entre 2024 et 2025
La population d’allocataires frontaliers indemnisés par l’Assurance chômage se stabilise en 2025, avec 42 900 personnes (- 1 % par rapport à 2024), après une hausse quasi constante ces 15 dernières années.
En effet, la population de travailleurs frontaliers a connu une croissance significative, qui se répercute mécaniquement sur le nombre de demandeurs d’emploi frontaliers : en 2022, l’Insee recensait 450 000 personnes résidant en France et travaillant en Suisse, au Luxembourg, en Allemagne ou en Belgique, contre moins de 320 000 en 2011.
La Suisse, premier pays pour les allocataires frontaliers
Avec 27 800 allocataires indemnisés, les personnes ayant perdu un emploi en Suisse représentent les deux tiers des effectifs (Graphique 1). Le Luxembourg est le deuxième pays avec le plus de frontaliers français pris en charge par l’assurance chômage (8 400 allocataires indemnisés), devant l’Allemagne (3 400) et la Belgique (3 200).
Les frontaliers suisses perçoivent des indemnités nettement supérieures à la moyenne
Les allocataires qui travaillaient en Suisse se distinguent par des indemnités mensuelles sensiblement plus élevées que l’ensemble des allocataires : plus de 2 100 € net, contre 1 040 € pour l’ensemble des allocataires fin 2025 (Graphique 2). Cela s’explique notamment par les fortes disparités salariales entre la France et la Suisse. Un écart moins important, mais notable, est constaté pour ceux qui travaillaient en Allemagne (1 485 €) et au Luxembourg (1 479 €). Les allocataires ayant perdu un emploi en Belgique (1 132 €) perçoivent des montants plus proches de la moyenne de l’ensemble des allocataires.
En 2025, des dépenses d’allocation de 1,1 Md€, stables par rapport à 2024
Les dépenses d’indemnisation relatives aux allocataires frontaliers sont stables entre 2024 et 2025, et s’élèvent à 1,1 Md€. Elles ont cependant connu une forte progression depuis 2011, portée par les allocataires qui travaillaient en Suisse et au Luxembourg (Graphique 3).
En 2025, un déséquilibre de 860 M€ pour l’Assurance chômage
Les dépenses consacrées aux allocataires frontaliers demeurent en 2025 la cause d’un important déséquilibre financier pour l’Unédic. En effet, les travailleurs frontaliers cotisent dans l’État où ils sont salariés et non auprès du régime d’assurance chômage de leur pays de résidence, qui les indemnise pourtant. Bien que la réglementation européenne prévoie un système de compensation financière de l’État du dernier emploi vers l’État de résidence, les dépenses d’indemnisation relatives aux travailleurs frontaliers à la charge de l’Unédic restent nettement supérieures aux remboursements opérés par les pays frontaliers (280 M€ en 2025). Le déficit total en 2025 est, comme en 2024, de 860 M€ (Graphique 4).
En 15 ans, ces déficits cumulés ont généré un important surcoût pour l’Assurance chômage : 11 Md€ au total.
Une éventuelle révision du règlement de coordination européen
Le 22 avril 2026, le Parlement européen et le Conseil européen sont parvenus à un accord provisoire sur la révision du règlement européen qui porte sur la coordination des systèmes de sécurité sociale. Cet accord a été largement approuvé par le Parlement européen le 7 juillet 2026. S'il l'est également par le Conseil européen par la suite, alors le système d’indemnisation des allocataires frontaliers pourrait évoluer en conséquence ces prochaines années. L’accord prévoit entre autres d’attribuer la responsabilité du versement des prestations chômage à l’État de dernier emploi plutôt qu’à l’État de résidence lorsque le frontalier y justifie d’une période d'emploi continue d’au moins 22 semaines. En contrepartie, il n’y aurait plus de remboursements entre les États. Les effets de l'accord dépendront pour beaucoup de sa portée. En effet, d'un côté, l'adhésion de la Suisse n'est aujourd'hui pas acquise puisque l'accord ne s'appliquerait qu'aux pays de l'Union Européenne. D'un autre, le Luxembourg bénéficierait d'un délai de 7 ans avant l'application de la mesure, contre 2 ans pour les autres États membres. Or, ces deux pays expliquent à eux seuls près de 90 % des 860 M€ de déficit en 2025.
Focus : les allocataires qui travaillaient en Allemagne
Les frontaliers allemands indemnisés résident majoritairement dans le Bas-Rhin, en Moselle, et dans le Haut-Rhin
Fin décembre 2025, un peu plus de 3 000 allocataires frontaliers ayant perdu un emploi en Allemagne (ici appelés « frontaliers allemands ») sont indemnisés en France, ce qui représente 8 % de l’ensemble des allocataires frontaliers indemnisés. 96 % d’entre eux résident dans l’un des trois départements frontaliers avec l’Allemagne : le Bas-Rhin (1 400 personnes), la Moselle (1 300 personnes) et le Haut-Rhin dans une moindre mesure (400 personnes). Leur poids parmi l’ensemble des allocataires sur ces territoires reste toutefois limité. La part des allocataires frontaliers allemands s’élève à 4 % en Moselle, 3 % dans le Bas-Rhin, et 1 % dans le Haut-Rhin. Ces allocataires se concentrent dans les communes proches des principales villes frontalières allemandes, Sarrebruck, Karlsruhe et Fribourg-en-Brisgau dans une moindre mesure, donnant ainsi naissance à trois pôles caractérisés par une part importante d’allocataires frontaliers allemands, au-delà de 20 % dans les cantons de Wissembourg (1) et Bitche (2) (Cartes 1A et 1B). Enfin, parce qu’ils partagent des frontières avec d’autres pays, le Haut-Rhin et la Moselle présentent également de nombreux allocataires frontaliers suisses ou luxembourgeois.
Les allocataires frontaliers allemands indemnisés sont en moyenne plus âgés que les allocataires non frontaliers des départements du Bas-Rhin, de Moselle, et du Haut-Rhin
Dans les trois départements limitrophes de l’Allemagne, le profil des allocataires frontaliers allemands se distingue de celui des non frontaliers. Ils sont en moyenne plus âgés : 55 % des allocataires frontaliers allemands ont 55 ans ou plus, contre seulement 18 % des non frontaliers (Graphiques 2A et 2B). Ce constat pourrait s’expliquer par un âge légal de départ à la retraite plus élevé en Allemagne qu’en France (65 ans contre 62 ans jusqu’à récemment, 67 ans contre 64 ans pour les générations plus récentes), qui peut amener certains frontaliers allemands à rester plus longtemps sur le marché du travail, ainsi que par un déclin du travail frontalier non qualifié dans l’industrie allemande. Les allocataires frontaliers allemands sont par ailleurs moins diplômés que leurs homologues des départements limitrophes. En effet, 66 % d’entre eux ont un niveau d’études inférieur au baccalauréat, contre seulement 43 % des autres allocataires. Enfin, les deux tiers sont des hommes, contre la moitié des allocataires non frontaliers.
Les allocataires frontaliers allemands recherchent plus souvent un emploi dans l’industrie
L’industrie est la famille de métiers la plus recherchée par les allocataires frontaliers allemands, alors qu’elle n’est que la 5e pour les allocataires non frontaliers (Graphiques 2A et 2B). Elle concerne ainsi 28 % des allocataires frontaliers allemands, contre 10 % des allocataires non frontaliers. L’industrie occupe effectivement une place importante dans l’économie allemande, 21 % des salariés allemands y travaillaient en 2022, contre 16 % des français. Les allocataires frontaliers allemands ont occupé en moyenne des contrats de travail plus longs que les allocataires non frontaliers, reflet pour partie des emplois industriels précédemment occupés. Cette durée est inférieure à 6 mois pour seulement 12 % d’entre eux, contre 31 % pour les allocataires non frontaliers. Enfin, ils touchent en moyenne une indemnisation mensuelle supérieure de 500 €, du fait de salaires perdus plus élevés.
Un marché du travail allemand qui se distingue par la présence de contrats atypiques
Il existe plusieurs différences entre les marchés du travail allemands et français. Tout d’abord, le taux de chômage des 15-74 ans est deux fois plus faible en Allemagne qu’en France (3,4 % vs 7,4 % en 2024), le taux d’emploi un peu plus élevé (81 % vs 75 %) et le recours au temps partiel deux fois plus fréquent (29 % vs 17 % des personnes en emploi). Même si le contrat à durée indéterminée (CDI) représente la forme d’emploi la plus répandue dans ces deux pays, l’Allemagne se caractérise par la présence de CDI dits atypiques, les « minijobs ». Ces contrats représentent l’emploi principal d’un travailleur allemand sur dix. Le niveau de protection sociale de ces contrats est limité puisqu’il ne permet pas aux salariés d’être couverts, entre autres, par un droit chômage, y compris pour ouvrir des droits en France : ces contrats ne sont pas pris en compte dans l’affiliation.