Des minijobs allemands aux contrats zéro heure du Royaume-Uni, en passant par les emplois flexibles « flex werk » aux Pays-Bas, le paysage des contrats temporaires ou atypiques en Europe est riche et varié. Afin de mieux se repérer dans les différentes caractéristiques qui existent en France et chez nos voisins, l’Unédic propose 7 focus pour découvrir chacun de ces systèmes.
Ces publications font suite à deux premières parutions consacrées aux contrats courts ou atypiques, publiées dans le cadre des négociations actuellement menées par les partenaires sociaux sur ce sujet.
A lire : Contrats courts et Assurance chômage : premiers éléments réglementaires et statistiques
A lire : Contrats courts, contrats atypiques : pratiques et régulation en Europe
Qu’entend-on par contrats temporaires ou atypiques ? Dans l’ensemble des pays, c’est bien le contrat de travail à durée indéterminée (CDI), exercé à plein temps, qui est la norme d’emploi. Des exceptions à cette norme – les contrats temporaires ou atypiques – existent dans tous les pays, dans des ampleurs différentes et avec des enjeux spécifiques à chacun. Plusieurs définitions, issues d’institutions différentes, cohabitent. Elles sont présentées dans la publication de l’Unédic dédiée aux pratiques et régulations des contrats courts ou atypiques en Europe (lien ci-dessus).
Des débats sur l’emploi flexible émergent en Europe
Historiquement, en Europe, la montée en puissance des contrats temporaires ou atypiques touche tous les pays à partir de la fin du XXe siècle. Pendant une quinzaine d’années, les évolutions règlementaires s’orientent davantage vers la libéralisation et la dérégulation des marchés de l’emploi.
Depuis une dizaine d’années, en revanche, un mouvement contraire est en place dans certains des pays avec les niveaux les plus anciens et les plus marqués de flexibilité du marché du travail. Certains œuvrent pour réglementer davantage l’emploi flexible (Royaume-Uni, Pays-Bas), d’autres ciblent les contrats temporaires et les contrats courts (Espagne).
En Allemagne, le débat se focalise sur des demandes de réforme du recours aux minijobs, ces emplois assortis d’un niveau de protection sociale limité. En Belgique, les discussions portent sur l’extension des flexi-jobs, une forme d’emploi permettant à un travailleur d'exercer un emploi complémentaire. En Italie, des réformes ont été réalisées pour mettre le droit du travail en conformité avec les textes européens, notamment en matière de sanction des recours abusifs aux CDD.
S’agissant du recours aux contrats temporaires et de leur régulation, la France se distingue des pays européens examinés dans cette étude. Les contrats à durée déterminée et d’intérim y jouent un rôle primordial dans la flexibilité du marché du travail, au contraire d’autres pays où cette flexibilité est assurée par des contrats atypiques (tels que les minijobs allemands) que l’on ne retrouve pas en France. De plus, la régulation du recours aux contrats temporaires s’appuie en France très largement sur l’Assurance chômage (accès à l’indemnisation et financement) plutôt que sur le droit du travail comme c’est le cas ailleurs en Europe.
Les contrats temporaires ou atypiques en Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et France
En Allemagne, le taux d’emploi temporaire est légèrement inférieur à la moyenne européenne. Cependant, le taux d’emploi à temps partiel est très nettement supérieur à la moyenne européenne, en particulier pour les femmes. Cela s’explique en partie par la présence significative d’autres formes d’emploi à temps très partiel, majoritairement occupés par des femmes, qui remplissent un rôle similaire aux emplois temporaires, mais sont assortis d’un niveau de protection sociale limité : les minijobs. En 2024, la part dans l’emploi salarié des minijobs exercés à titre principal est supérieure aux parts cumulées des contrats à durée déterminée et des contrats d’intérim.
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En Belgique, le taux d’emploi temporaire pour l’ensemble de la population est inférieur de 2 points à la moyenne européenne ; il est en revanche supérieur de près de 10 points en ce qui concerne les jeunes, notamment en raison d’un nombre important de contrats étudiants. Le taux d’emploi à temps partiel est particulièrement élevé (8 points de plus que la moyenne européenne). Une partie de la flexibilité du marché du travail y est assurée par les flexi-jobs.
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En Espagne, le dualisme du marché du travail (c’est-à-dire la segmentation de l’emploi entre des emplois stables et protecteurs d’une part et des emplois précaires d’autre part) était historiquement prononcé. Aujourd’hui, l’Espagne est dotée d’un arsenal de mesures visant à limiter le recours aux contrats courts en les rendant moins attractifs, tant sur le plan du Code du travail (modalités de recours, conversion en CDI, …) que sur celui du financement de l’assurance chômage.
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En Italie, le marché de l’emploi présente un taux d’emploi temporaire légèrement supérieur à la moyenne européenne (y compris pour les jeunes âgés de moins de 25 ans) et un taux d’emploi à temps partiel de 15,7%, légèrement inférieur à la moyenne européenne (y compris pour les femmes). Cette situation, en apparence proche de la moyenne européenne, masque toutefois des disparités et des caractéristiques qui font de l’Italie un pays où le débat autour des emplois temporaires et des formes atypiques d’emploi est particulièrement vivace.
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Aux Pays-Bas, la proportion de salariés en emploi temporaire, comme celle des salariés à temps partiel, est la plus élevée dans l’Union européenne, et ce depuis de nombreuses années : environ 27% de la population active occupée se trouve en « emploi flexible » (ou « flex werk »), qui comprend des formes d’emploi offrant des degrés variables de sécurité de l’emploi et de revenus. La part importante de travailleurs à la demande, souvent employés sous forme de contrats « zéro heure » moins régulés et plus précaires, est une particularité du marché du travail néerlandais.
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Au Royaume-Uni, le marché du travail se caractérise par une grande flexibilité et une régulation limitée en regard de la plupart des pays européens. Sans préjuger de la qualité de l’emploi, le faible taux de chômage et la fluidité importante du marché du travail rendent la question des contrats à durée déterminée peu problématique dans le pays, en apparence du moins. Ainsi, l’emploi temporaire est peu répandu au Royaume- Uni, où il ne représentait que 5,6% de l’emploi salarié, contre une moyenne de 12,5% dans l’Union européenne fin 2025.
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En France, les indicateurs relatifs à l’emploi paraissent plutôt alignés avec la moyenne européenne (hormis un taux d’emploi des seniors plus faible et un taux de chômage des jeunes plus élevé). La part des salariés en emploi temporaire est cependant supérieure de plus de 2 points à la moyenne européenne, plaçant la France parmi les pays où ce taux est le plus élevé. Si le CDI est en France la norme d’emploi (73% de l’emploi salarié en 2024), ce sont bien les CDD de moins d'un mois et les contrats d'intérim qui représentent la majorité des embauches (81% au 1er trimestre 2025).
Synthèse des règles applicables en matière de recours au CDD (mars 2026)
| Pays | Durée maximale totale | Nombre de renouvellements | Durée minimale par contrat | Durée maximale sans justification | Atypismes | Prime au terme du CDD |
| Allemagne1 |
CDD sans raison objective : 2 ans CDD avec raison objective : pas de limite |
CDD sans raison objective : 2 fois CDD avec raison objective : pas de limite |
CDD sans raison objective : renouvellement à concurrence de la durée du 1er contrat | Durée maximale : 4 ans après la création d'une entreprise ; 5 ans pour l'embauche d'une personne de plus de 52 ans et au chômage depuis 4 mois au moins |
Non | |
| Belgique | 2 ans | 3 fois | 3 mois | 2 ans | Durée maximale de 3 ans si le contrat (avec motif justifié) dure au moins 6 mois | Non |
| Italie | 2 ans | 4 fois | 12 mois | Surcotisation employeurs : +1,4 pp ; +0,5 pp par renouvellement |
Oui, pour toutes les fins de contrat de travail quelle qu'en soit la nature | |
| Pays-Bas | 3 ans ou 3 CDD consécutifs | 2 fois | 1 mois | Pas de justification | Surcotisation employeurs : +5 pp. | Oui, prime "de transition" pour toutes les fins de contrat de travail quelle qu'en soit la nature |
| Espagne | 6 mois en règle générale ; 12 mois (CDD pour circonstances de production) | A concurrence de la durée maximale et si le motif est maintenu | Justification obligatoire | Surcotisations employeurs : +1,2 pp pour tous les CDD et 32,60€ par CDD de moins de 30 jours Surcotisation salariés de 0,05 pp Requalification automatique en CDI après 18 mois en CDD au cours d'une période de 24 mois |
Oui | |
| Royaume-Uni | 4 ans | Non | ||||
| France | 18 mois en règle générale Sans limite pour le CDDU |
2 fois Sans limite pour le CDDU |
Justification obligatoire (sauf CDDU) | CDDU | Oui (sauf CDDU et saisonniers) |
1. Les informations relatives à l'Allemagne concernent le CDD sans raison objective (sauf "prime"). Les CDD avec raison objective peuvent être conclus sans limite de durée ou de renouvellement, tant que le motif persiste.