Quel bilan feriez-vous de l’année ?
L’année a été intense. Le contexte politique très compliqué n’était pas facilitant. Mais les partenaires sociaux et les services de l’Unédic ont gardé le cap et œuvré à réaffirmer le rôle et la place de l’institution. Après des années de carence, où l’État avait fixé de manière unilatérale les règles de l’Assurance chômage, les partenaires sociaux sont parvenus à un accord le 15 novembre 2024.
Cette reprise en main de l’Assurance chômage par les partenaires sociaux n’a pas été une victoire franche et définitive, avec un « avant » et un « après », elle s’est inscrite dans un temps long. Il a fallu la faire vivre tout au long de l’année 2025, notamment avec la négociation d’un avenant sur le bonus-malus, où les services de l’Unédic ont joué une nouvelle fois pleinement leur rôle d’appui aux partenaires sociaux, pour aboutir en mai 2025 à un accord.
Quel a été l’impact de l’instabilité politique sur l’Unédic ?
L’instabilité politique a rendu tout plus compliqué, notamment elle n’a pas été propice au bon fonctionnement de la gouvernance de France Travail. Cette gouvernance est régie par la convention tripartite signée entre l’État, l’Unédic et France Travail, pour les années 2024 à 2027. Celle-ci définit les orientations stratégiques de France Travail et fixe les modalités d’un pilotage qui avait été renforcé, en adjoignant un comité de performance coprésidé par l’État et l’Unédic au comité de suivi tripartite pour suivre l’évolution des 15 indicateurs stratégiques de performance.
Or, force est de constater que cette gouvernance n’a pas bien fonctionné jusqu’ici, faute de réunions et d’interlocuteurs pérennes, malgré les bonnes relations que nous entretenons par ailleurs avec France Travail.
En quoi est-ce regrettable ?
L’Unédic finance 80 % du budget de France Travail, via le versement de 11 % de ses recettes, soit 5 milliards d’€. Il est logique que le financeur, engagé par la convention stratégique tripartite, ait un droit de contrôle sur la manière dont sont utilisées ces ressources. Les partenaires sociaux se sont entendus sur des objectifs lors de la signature de la convention, l’Unédic se doit de vérifier que les services rendus aux demandeurs d’emplois et aux entreprises sont à la hauteur de leurs attentes et besoins, qu’ils remplissent les objectifs fixés à l’opérateur.
En début d’interview, vous avez avancé l’idée que l’Unédic avait œuvré au renforcement de sa place et de son rôle. De quelle manière ?
Je suis fière de la façon dont les services de l’Unédic agissent au service des partenaires sociaux. Ces dernières années, l’Unédic a développé tout un ensemble d’initiatives nouvelles qui ont contribué à enrichir le débat public. Je pense aux enquêtes sur le travail en transitions, aux podcasts, au Baromètre de perception du chômage et de l’emploi, aux vidéos sur les coulisses de l’Unédic, comme ce documentaire qui a levé le voile sur la manière dont se déroulent les négociations, par exemple.
A travers toutes ces initiatives, l’Unédic a renforcé sa capacité d’éclairer, au-delà des partenaires sociaux, un public plus large, d’apporter de la pédagogie sur les questions de l’emploi et du travail, notamment en combattant les nombreuses idées reçues sur le chômage, si difficiles à démystifier. Il me semble que cette stratégie est arrivée aujourd’hui à une sorte de maturité, que l’Unédic a gagné en visibilité. Je m’en réjouis d’autant plus que ce n’est pas un exercice facile quand on est une organisation paritaire, où il faut faire entendre une voix « double et commune », conciliant des intérêts, des visions, des axiomes en partie différents. C’est un vrai challenge et les équipes de l’Unédic parviennent à trouver la position juste et légitime. Un point d’appui fondamental pour déployer la prochaine feuille de route 2026-2027
Nous sommes confrontés à des mutations extrêmement rapides et complexes avec l’arrivée de l’IA, la transition démographique et la transition écologique, qui percutent le marché du travail.
L’Unédic ambitionne de renforcer ses travaux dans le domaine de la prospective. En quoi est-ce important ?
Nous sommes confrontés à des mutations extrêmement rapides et complexes avec l’arrivée de l’IA, la transition démographique et la transition écologique, qui percutent le marché du travail. Il devient absolument essentiel de renforcer nos moyens d’observation, d’analyse et de prospective pour comprendre comment les métiers vont se transformer, les emplois vont évoluer, quels seront les besoins de transitions et de reconversions professionnelles.
Cet éclairage est nécessaire pour faire évoluer le régime d’assurance chômage, veiller à ce qu’il réponde aux besoins des demandeurs d’emplois, des salariés et des entreprises et faire des choix pertinents d’allocation de ressources, dans un contexte où celles-ci sont limitées. C’est aussi l’une des grandes orientations de notre feuille de route pour les deux années à venir.
Dans ce numéro de Transitions, nous donnons la parole à trois économistes et sociologues qui évoquent l’importance du dialogue social dans les transitions actuelles. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
En tant que partisane de la démocratie sociale, présidente d’une institution où nous participons à la faire vivre, je ne peux que souscrire ! Les mutations en cours sont tellement impactantes sur le travail et l’emploi qu’elles doivent être analysées, discutées, en particulier entre les partenaires sociaux. Que la démocratie sociale soit une chance dans cette période de mutations ne fait aucun doute. Le paritarisme est d’ailleurs apparu comme un précieux élément de stabilité, dans cette période d’instabilité politique. Et que des chercheurs extérieurs à notre écosystème évoquent l’importance du dialogue social ne peut que me réjouir !
-
Le rapport d'activité 2025 de l'Unédic est disponible !
En savoir plus (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)Le marché du travail demain, la trajectoire de desendettement, les profils des demandeurs d'emploi, ou encore la protection pour les indépendants... Autant de thématiques évoquées au sein de Transitions, le rapport annuel de l'Unédic.