Pandémie, guerres, conflits commerciaux, instabilité politique nationale : ces dernières années, les entreprises françaises ont été confrontées à un entrelac de crises qui se succèdent, s’additionnent et parfois, s’alimentent entre elles. L’Unédic a voulu savoir dans quelle mesure les chefs et cheffes d’entreprises considèrent désormais cet environnement incertain comme une nouvelle normalité. Dans cette possible transition vers un monde plus imprévisible, sont-ils affectés dans leurs prises de décisions ? Quel est leur horizon d’anticipation ? Quels arbitrages font-ils pour s’adapter ? Toutes les entreprises sont-elles touchées de la même manière ? Pour répondre à ces questions, le cabinet Elabe a sollicité 400 dirigeants d’entreprise d’au moins un salarié en France métropolitaine (voir Méthodologie).
Pour les dirigeants d’entreprise, l’imprévisibilité est devenue la norme
Les trois quarts des dirigeants et dirigeantes interrogés considèrent que leur entreprise est confrontée à un environnement imprévisible.
La moitié des personnes interrogées jugent que l’incertitude s’est accentuée depuis la pandémie de Covid, en particulier dans l’industrie (69 %). Les deux tiers des dirigeants s’attendent à ce que cette imprévisibilité persiste dans la durée. Concrètement, la capacité des dirigeants à se projeter apparaît limitée : un quart d’entre eux indiquent ne pas pouvoir imaginer l’avenir de leur entreprise au-delà de 6 mois ; 66 % ont une visibilité inférieure à 2 ans.
Instabilité politique et inflation en tête des facteurs d’incertitude cités par les dirigeants
Aux yeux des dirigeants, l’instabilité politique nationale (71% considèrent qu’elle pèse beaucoup) et l’inflation (61%) sont les facteurs qui obèrent le plus leur capacité à prévoir et à décider, devant les évolutions du marché (54%), les conflits géopolitiques (46%) et les besoins en recrutement et compétences (46%). A noter : le terrain de cette enquête a été réalisé du 26 janvier au 23 février 2026, avant le début de la guerre entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël.
Si l’on distingue les chefs d’entreprises considérant leur environnement prévisible de ceux qui l’estiment imprévisible, 4 éléments se démarquent comme particulièrement porteurs d’incertitude : l’instabilité politique nationale, l’instabilité géopolitique, les attentes des salariés sur leurs conditions de travail et les risques de cybersécurité.
L’incertitude est éprouvée différemment selon le profil des entreprises
Les entreprises ne sont pas un bloc homogène et les résultats de cette enquête le reflètent fortement. L’incertitude est particulièrement ressentie par les dirigeants des petites entreprises, qui sont aussi les plus nombreux à la percevoir comme durable. Les entreprises de moins de 50 salariés sont davantage touchées par l’instabilité politique et celles de plus de 250 salariés par les évolutions du marché et les changements technologiques. D’un point de vue sectoriel, l’industrie est la plus exposée aux facteurs d’incertitude, les services subissent l’instabilité politique nationale et les évolutions du marché, et le commerce est affecté particulièrement par l’inflation.
Une majorité de dirigeants privilégie le statu quo
Le contexte incertain des 12 derniers mois a poussé les dirigeants à s’adapter. Plus de 7 sur 10 déclarent avoir œuvré pour davantage identifier les risques ; 61 % affirment avoir reporté ou réduit des investissements. Les stratégies de ressources humaines ont également été modifiées : 84 % indiquent avoir mené au moins une action dans ce sens, en particulier sur la formation des salariés (46 %) et sur le report de recrutements ou la suppression de postes (45 %).
Pour l’année à venir, les chefs et cheffes d’entreprise sont une majorité à envisager de maintenir leurs investissements technologiques (63 %), humains (70 %), dans les moyens de production (62 %) et en recherche et développement (51 %).
Sur le plan des ressources humaines, le statu quo est privilégié : 54 % déclarent ne vouloir favoriser ni les CDI ni les contrats courts, 61 % disent qu’ils maintiendront l’effort de formation, 76 % ne choisissent pas entre augmenter ou réduire les effectifs. Deux points tranchent : une part non négligeable des dirigeants (36 %) déclare vouloir geler les promotions internes ; 43 % des personnes interrogées indiquent qu’elles vont limiter le recours à des prestataires ou freelances.
Dans ce contexte, la moitié des dirigeants disent qu’ils privilégient l’exploration de nouveaux marchés pour développer l’activité (46 %) et qu’ils vont innover plutôt que se concentrer sur ce qu’ils savent faire (54 %).
Des dirigeants déterminés mais sous pression
L’état d’esprit des dirigeants est nuancé. Si la quasi-totalité revendiquent leur détermination (96 %), une proportion similaire (93 %) se déclarent « prudents ». Les trois quarts se disent « optimistes », mais la fatigue et le stress sont fréquents. Les dirigeants de petites entreprises y sont particulièrement exposés, tout comme ceux qui s’attendent à ce que l’instabilité dure.
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Méthodologie
L’enquête « Le travail en transitions » a sollicité des dirigeants d’entreprise d’au moins 1 salarié, exerçant le poste de chef d’entreprise ou faisant partie du comité de direction (Président, DG, PDG, Gérant, DRH, DAF…) à travers 400 interviews, menées par téléphone du 26 janvier à 23 février 2026, sur un échantillon représentatif des dirigeants d’entreprise d’au moins 1 salarié en France. La représentativité a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables de taille d’entreprise et secteurs d’activité
Compte-tenu de la structure du tissu économique français (beaucoup d’entreprises de 1 à 9 salariés), nous avons constitué un échantillon « raisonné », c’est-à-dire que nous avons volontairement interrogé davantage d’entreprises de 10 salariés et plus, afin de disposer d’effectifs de répondants suffisants pour permettre une lecture par taille d’entreprise. Pour garantir la représentativité de l’échantillon et la lecture globale, chaque taille d’entreprise a été remise à son « bon poids » lors des traitements statistiques.