Les contrats courts occupent une place centrale dans les embauches en France. Dans la majorité des cas, ces contrats courts s’inscrivent dans la répétition de recrutements d’un même salarié par un même employeur, c’est le concept de réembauche. Une étude menée en 2016 (Bengalhem, 2016) avait montré l’importance de cette modalité d’embauche dans le fonctionnement du marché du travail, particulièrement dans certains secteurs d’activité et pour certaines formes d’emploi. L’Unédic avait mis en évidence des réembauches répétées qualifiées de « relations de travail suivies » (Journeau, 2019).
La présente étude actualise et prolonge ces résultats en analysant ces recrutements successifs entre un salarié et un même employeur sur la période 2017-2024. Elle élargit l’analyse en intégrant les missions d’intérim et s’appuie pour la première fois sur les données de MiDAS. Fréquence, rapidité, répétition au fil du temps, place dans les trajectoires professionnelles, cette étude examine les modalités de réembauche afin d’identifier les situations dans lesquelles ces recrutements successifs constituent une forme de stabilité pour les salariés concernés malgré la discontinuité de leurs contrats.
76% des embauches sont des réembauches en 2024
La réembauche, c’est-à-dire l’embauche d’un salarié chez un employeur pour lequel il a déjà travaillé, constitue une pratique centrale du marché du travail et participe à la répétition des relations d’emploi entre salariés et employeurs.
Cette étude est la première à l’analyser en incluant les missions d’intérim, qui représentent une part importante des embauches.
En 2024, la réembauche représente 76 % des embauches, une proportion stable depuis 2018. Dans trois cas sur quatre, elle intervient chez le dernier employeur du salarié.
Les niveaux de réembauche sont particulièrement élevés pour les contrats les plus courts : 90 % des contrats d’usage et 89 % des missions d’intérim de remplacement sont des réembauches.
Près d'une réembauche sur deux a lieu dans les trois jours
La réembauche intervient généralement rapidement après la fin du contrat précédent : près d’une réembauche sur deux a lieu dans les trois jours, qu’elle soit réalisée chez le dernier employeur ou chez un employeur plus ancien.
La réembauche est concentrée dans certains secteurs d’activité et dans les grandes entreprises. Ainsi, un cinquième des réembauches est réalisé dans le secteur « administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale » et trois réembauches sur quatre interviennent dans des établissements de plus de 250 salariés.
Les salariés ayant connu une réembauche sont souvent des personnes peu diplômées et occupant fréquemment des emplois d’ouvriers ou d’employés.
Environ 3,5 millions de salariés concernés chaque année
La réembauche concerne en moyenne chaque année environ 3,5 millions de salariés, soit une part finalement restreinte de la population salariée en France. Les situations de réembauche sont ainsi concentrées. En effet, plus de la moitié des salariés concernés en ont connues au moins 5 entre 2017 et 2024 et ils concentrent à eux seuls 96 % des contrats en réembauche observés sur cette période.
Lorsque les réembauches sont fréquentes, récurrentes au fil des années et représentant la majorité de la durée en emploi d’un salarié, elles sont dites « persistantes ». Ainsi, entre 2017 et 2024, 2,5 millions de salariés sont concernés par ce phénomène soit près d’un quart des salariés ayant connu au moins une réembauche sur la période.
Parmi les salariés ayant connu au moins une réembauche une année donnée, un peu plus d’un tiers n’en connaissent aucune l’année suivante. Inversement, 15 % des salariés qui ne connaissent aucune réembauche une année donnée, en comptent au moins une l’année suivante.