Prévisions financières

Prévisions financières de l'Unédic - octobre 2026

Les finances du régime d’assurance chômage sont confrontées à un environnement macro-économique défavorable, dans un contexte de taux élevés qui renchérit le coût de sa dette. Les prélèvements de l’État sur les recettes de l’Unédic ont mis un coup d’arrêt à son désendettement.

21 octobre 2026 - Laure Baquero, Cassandre Baufle, Boris Koehler, Gaëtan Stéphan

Dans un environnement marqué par l’instabilité internationale et par les pressions sur la dette française, l’Assurance chômage est exposée aux vents mauvais de l’économie mondiale. La croissance française ralentirait en 2026 (+0,4 %), et les perspectives pour 2027 (+0,7 %) demeurent fragiles, soumises à une hypothétique baisse des prix de l’énergie dans un futur proche. Alimentée par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, l’inflation est repartie à la hausse en 2026 et s’établirait à +2,2 % pour l’année. 

L’emploi poursuivrait sa dégradation avec des destructions en 2026 (-71 000) et en 2027 (-60 000). La véritable reprise de l’emploi salarié ne devrait se manifester qu’en 2028 (+92 000). L’Unédic anticipe une hausse du taux de chômage, qui atteindrait 8,6 % en 2026 et 8,8 % en 2027 et 2028. Néanmoins, le nombre de chômeurs indemnisés demeurerait stables, autour de 2,6 millions de personnes et ce jusqu’en 2028. Cette stabilité s’explique par l’effet des changements réglementaires affectant les conditions d’indemnisation (réforme 2023, puis convention d’assurance chômage 2024 et avenant 2026 relatif aux ruptures conventionnelles individuelles) qui viennent atténuer les effets conjoncturels de la dégradation de l’emploi.

Un équilibre financier toujours menacé

En 2026, les dépenses d’indemnisation seraient portées par la progression des allocations versées avec un effet inflation retardé en 2027 et 2028. Les dépenses totales de l’Unédic augmenteraient, passant de 46,6 Md€ en 2026 à 48,5 Md€ en 2028. Elles seraient tirées par une hausse conséquente des autres dépenses (hors allocations et aides) de 1 Md€ entre fin 2025 et 2028. Ces autres dépenses comprennent notamment la contribution de l’Unédic au budget de France Travail (5,2 Md€ en 2026), qui équivaut à 11 % des recettes de l’Unédic l’année n-2 avant prélèvements de l’État. En tenant compte de ces prélèvements, le financement de France Travail représente en réalité 11,6 % des recettes effectives en 2026 perçues en 2024. En 2028, il serait de 12 %.

Les recettes de l’Unédic sont sous contraintes depuis 2023, en raison de prélèvements de l’État. En 2026, la hausse de cette ponction, conjuguée à l’application de la réforme de la CSG sur les travailleurs indépendants entraîne même une baisse des recettes de plus de 1 Md€, à 44,3 Md€. Les recettes 2027 et 2028, calculées en l’absence de nouveau prélèvement, rebondiraient nettement, soutenues également par la hausse de la masse salariale.

L’équilibre financier de l’Assurance chômage est toujours menacé. En 2026, le solde se dégraderait sensiblement (-2,3 Md€), alors qu’il aurait dû être nettement positif hors prélèvements de l’État (+1,8 Md€). En restant sous l’hypothèse d’une absence de prélèvement, il s’établirait à +1,4 Md€ en 2027 et +2,4 Md€ en 2028.

L'Unédic contrainte de s'endetter sur les marchés dans un contexte de taux historiquement élevés

Dans ces circonstances, la dette de l’Unédic continuerait de se creuser en 2026, à -61,5 Md€, avant de se réduire en 2027 (-60,1 Md€) et 2028 (-57,7 Md€). Sans les ponctions appliquées entre 2023 et 2026, la dette aurait été fin 2028 de -45,7 Md€ et même de 44,2 Md€ si l’on retire les nouvelles charges d’intérêt (1,5 Md€) engendrées par la dette émise pour financer ces ponctions. Il faut souligner que cette situation contraint l’Unédic à s’endetter sur les marchés dans un contexte de taux désormais historiquement élevés, à la fois pour refinancer une dette Covid contractée à bas coût et pour couvrir les déficits engendrés par les prélèvements de l’Etat depuis 2023 et les charges d’intérêt associées.

« Il faut rappeler que les ressources de l’Assurance chômage viennent des contributions des entreprises et de la CSG activité acquittée par l’ensemble des salariés. Ces montants doivent servir à sécuriser les parcours professionnels, à amortir les chocs économiques. Et pas à combler le budget de l’État. Au moment où la conjoncture se dégrade, nous avons besoin d’une Assurance chômage solide. Nous refusons que ces prélèvements de l’État entretiennent une dette déjà à un niveau très élevé et réduisent nos marges de manœuvre pour protéger les salariés et les entreprises », a déclaré Patricia Ferrand, présidente de l'Unédic.

« On parle de la dette, mais il faut aussi parler de la charge de la dette. Nous n’en parlions pas quand nos émissions se réalisaient à des taux aux alentours de 0%. S’il n’y avait pas eu les 12 Md€ de prélèvement de l’Etat depuis 2023, nos excédents nous auraient permis de nous désendetter. Or, aujourd’hui, nous sommes obligés de nous réendetter, mais à des taux plus proches de 5% que de 0% », a souligné Jean-Eudes Tesson, vice-président de l'Unédic.

 

  • A propos de cette prévision

    L’Unédic retient comme hypothèses de croissance et d’inflation les prévisions du Consensus des économistes, moyenne des prévisions d’une vingtaine d’instituts et banques, publiées chaque mois. La présente prévision repose sur la publication du Consensus des économistes d’octobre 2026. 

    Les prévisions financières présentées dans cette note prennent en compte les effets de l’accord conclu le 25 février 2026 par les partenaires sociaux sur l’indemnisation des ruptures conventionnelles dans le cadre de la négociation sur le régime d’Assurance chômage.

    Le Projet de lois de finances (PLF) et celui concernant la Sécurité sociale (PLFSS) de 2027 n’étant pas adoptés, les mesures qu’ils contiennent et qui sont susceptibles d’affecter le régime d’assurance chômage ne sont pas intégrées à cet exercice de prévision. L’adoption et l’application de ces textes constituent un important aléa sur le contexte et le dynamisme économique de l’année 2027.